Etat islamique – Publié le 12 juin à 10:32 – Mis à jour le 13 juin 2015 à 00:02

Une artiste reproduit les oeuvres détruites par l'EI grâce à l'impression 3D

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Une artiste reproduit les oeuvres détruites par l'EI grâce à l'impression 3D

Une artiste iranienne, qui est à l'origine du manifeste "3D Additivist Manifesto", repousse les limites de l'impression 3D en reproduisant notamment des sculptures détruites par l'Etat islamique à Mossoul en février dernier.

NImroud, Ninive, Hatra... Lors de ces derniers mois les combattants du groupe Etat islamique ont endommagé plusieurs sites dans le nord de l'Irak, villes qui regorgent pour la plupart de vestiges archéologiques.  La dernière destruction, qui date d'avril dernier, est celle de la cité antique de Nimroud, fondée au XIIIe siècle avant J.-C. En réaction, une artiste iranienne spécialisée dans la conception et l'impression 3D a décidé de reconstruire ce patrimoine perdu.

L'artiste et activiste Morehshin Allahyari s'est lancée dans  le projet "Material Speculation", qu'elle définit ainsi :

"Material Speculation" est une fabrication digitale et un projet d'impression 3D qui analyse les relations poétiques et pétropolitiques entre l'impression 3D, le plastique, le pétrole et le Djihad.

"Mon projet est une résistance artistique et politique d’une manière pratique et poétique"

Le projet "Material Speculation: ISIS" consiste à reconstruire des "artefacts" et des statues qui ont été détruits par l'EI en 2015 : des statues de la période romaine à Hatra mais aussi des artefacts assyriens de l'ancienne ville de Ninive. Guidée par des experts universitaires des États-Unis et de Téhéran, Morehshin Allahyari a reproduit des sculptures des "fausses idoles vénérées avant l’Islam", comme les décrivent les djihadistes.

L'artiste iranienne Morehsin Allahyari © 2015 Morehshin

Morehshin Allahyari présente son projet artistique comme une résistance à la volonté d'effacer le passé : 

L’EI et les groupes islamistes veulent tellement "recréer" l’histoire, en démolissant et en éliminant le passé… Or j’adore l’idée de résister à cela en utilisant des matériaux à la fois digitaux et physiques. Mon projet est une résistance artistique et politique à tout ça d’une manière pratique et poétique.

Des œuvres 3D qui ont une mémoire

La particularité du projet "Material Speculation", outre de lutter contre les destructions d’œuvres d'art par l'EI, est à la fois de documenter la culture artistique pré-monothéiste et de laisser une trace, une sorte de mémoire 2.0 des objets imprimés en 3D. En effet le processus de reconstruction  "comprend une clé USB et une carte mémoire à l'intérieur du 'corps' de chaque objet imprimé en 3D dans un matériau transparent", précise Morehshin Allahyari. 

"Material Speculation: ISIS, statue de Lamassu / © Morehshin Allahyari

Ces sculptures 3D sont comparées à des "capsules temporelles" où chaque objet doit garder une mémoire "pour les futures civilisations". Plusieurs données sont ainsi stockées sur les clés USB utilisées à cet effet : "des images, des cartes, des fichiers PDF et des vidéos rassemblés ces derniers mois au sujet des artefacts et des sites qui ont été détruits". Toutes ces informations ont été obtenues grâce à un travail de recherche impliquant la collaboration d'archéologues, d'historiens et de personnels de musées. 

L’artiste dit avoir reçu un accueil chaleureux de son projet : 

Je pense que pour de nombreuses personnes, c’est très intéressant de voir comment une nouvelle technologie peut être utilisée comme moyen de reconstruire des pans du passé ou comme un outil pour résister à la destruction.
  Photo de Une : "Material Speculation: ISIS , King Uthal" / © Morehshin Allahyari

Article rédigé par Jean-Luc Mounier (@mounierjl) et Maïna Fauliot-Marjany (@MainaFauliot)