Mexique – Publié le 06 janvier à 09:43 – Mis à jour le 06 janvier 2016 à 12:34

Mexique : une maire fraîchement élue assassinée, l'ONU demande une enquête

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Mexique : une maire fraîchement élue assassinée, l'ONU demande une enquête

Gisela Mota, la nouvelle maire de Temixco au Mexique, a été assassinée au lendemain de son entrée en fonctions. Le cartel de Los Rojos est accusé par les autorités. La maire s'était engagée à lutter contre la criminalité et la corruption.

Samedi dernier, un commando armé a fait irruption au domicile de Gisela Mota, 33 ans et a abattu la jeune maire de Temixco, ville située à 90 kilomètres au sud de la capitale Mexico. La nouvelle édile avait pris ses fonctions la veille. Lors de sa prestation de serment, elle s'était engagée à lutter contre la criminalité dans cette localité de 100 000 habitants.

La mort de Gisela Mota est devenu un symbole tragique des menaces qui pèsent sur les élus à travers le Mexique et de la violence qui règne dans l'Etat de Morelos (centre), où les cartels de drogue se livrent une guerre fratricide tout en pratiquant enlèvements et extorsions sur la population. Temixco est une des villes mexicaines qui connaît le plus fort taux de délinquance à cause de bandes organisées spécialisées notamment dans le trafic de drogue, qui opèrent souvent avec la complicité d'autorités locales.

Assassinée à son domicile devant ses parents

Ses proches ont raconté que l'ancienne membre du Congrès, qui vivait avec ses parents, a préféré se rendre afin d'épargner sa famille. La mère de la défunte a ainsi déclaré lors d'un hommage devant le congrès de l'Etat de Morelos : 

Je leur ai dit que s'ils voulaient me tuer, qu'ils me tuent en premier. Mais elle leur a dit 'je suis Gisela'. Ils l'ont prise parce qu'elle était très courageuse.

Les hommes armés l'ont alors emmenée dans le salon où ils l'ont abattue devant ses parents. Son père, désespéré, a poursuivi en courant les tueurs. "On a entendu six coups de feu. Nous avons pensé qu'il s'agissait de pétards. Mais nous avons entendu qu'ils criaient que Gisela avait été tuée", raconte Pablo Ortega, un voisin de 48 ans, qui précise que sept hommes armés se trouvaient à bord du véhicule.

"Elle était déterminée à changer les choses" à Temixco, a indiqué à l'AFP Miriam Martinez, secrétaire générale de l'Union des travailleurs. Le prédécesseur de Mota, Miguel Angel Colin, a laissé la municipalité dans un état désastreux, selon la syndicaliste, "avec des dettes et des salaires impayés".

Le cartel de Los Rojos accusé 

Lundi, les autorités ont accusé le cartel de Los Rojos d'être derrière la mort de Gisela Mota. L'enquête "indique que le groupe criminel Los Rojos est responsable du meurtre de Gisela Mota", a écrit sur son compte Twitter le gouverneur de Morelos, Graco Ramirez.

Selon lui, le cartel de Los Rojos aurait assassiné Gisela Mota pour dissuader les autres maires de soutenir un plan controversé consistant à placer les polices des États et municipalités sous un "commandement unifié" afin de lutter contre la corruption. La jeune élue, membre comme lui du Parti démocratique révolutionnaire (PRD, gauche), avait exprimé son soutien à cette décision et s'était engagée à nettoyer la ville, toujours selon Graco Ramirez.

Le cartel de Los Rojos et son rival des Guerreros Unidos (les Guerriers Unis) cherchent à "provoquer la terreur en organisant des enlèvements et en contrôlant certaines zones" de Morelos, selon le responsable de la sécurité de l'Etat de Morelos, Alberto Capella, sur une radio nationale.

Trois suspects arrêtés et deux tués

Peu après le meurtre, la police a tué deux suspects lors d'une fusillade et arrêté trois personnes, dont un jeune homme de 17 ans et une femme de 32 ans. Elles ont été inculpées mardi pour le meurtre de la maire. Par ailleurs, les autorités locales ont annoncé la découverte d'une fosse clandestine contenant cinq corps à Alpuyeca, commune située à une vingtaine de kilomètres de Temixco.

"Il y a encore d'autres personnes que nous devons arrêter, et nous avons fait de grands pas dans la résolution de cette affaire", a indiqué Alberto Capella.

Le meurtre de Gisela Mota pourrait être notamment lié à la mort d'une autre personne dont le corps démembré a été retrouvé sur une autoroute le 31 décembre, a-t-il également indiqué. L'affaire de Temixco a "déclenché un processus d'enquête qui, effectivement, nous a permis de faire d'autres découvertes", a déclaré à la presse Matías Quiroz Medina, secrétaire du gouverneur de Morelos.

L'ONU réclame une enquête

Dans un communiqué publié mardi, l'ONU a appelé les autorités mexicaines à enquêter "avec une perspective de genre" sur ce "crime grave", estimant qu'il "perturbait l'exercice des droits politiques des femmes" au Mexique. L'organisation a également demandé "d'arrêter, juger et sanctionner ses auteurs intellectuels et matériels".

L'ONU souligne également que le Mexique a fait des progrès dans le sens d'une plus grande participation des femmes à la vie politique, mais dit craindre que ce type de crime n'ait un effet dissuasif sur leur participation aux fonctions municipales "où leur présence est insuffisante".

Près de 100 maires et plus de 1000 employés municipaux ont fait l'objet d'attaques au cours des dix dernières années dans le pays, le plus souvent menées par des groupes criminels, selon l'association des autorités locales du Mexique. Depuis 2006, la guerre contre le narcotrafic au Mexique a fait plus de 100.000 morts.

Article rédigé par la rédaction web iTELE (avec AFP) - Photo : une femme marche devant un graffiti de campagne de Gisela Mota, à Temixco le 4 janvier 2016 - OMAR TORRES / AFP