Chine – Publié le 13 mars à 23:30 – Mis à jour le 13 mars 2016 à 23:47

En Chine, les condamnations pour terrorisme et menaces à la sécurité ont doublé en 2015

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En Chine, les condamnations pour terrorisme et menaces à la sécurité ont doublé en 2015

En Chine, 1.419 personnes ont été condamnées pour "menace à la sécurité nationale" et "terrorisme violent" en 2015, soit près de deux fois plus que l'année précédente. Un nombre accru de condamnations qui ont été prononcées dans la foulée d'une campagne de répression dans la région musulmane du Xinjiang.

En Chine, les références au "terrorisme" et au "séparatisme" désignent principalement les violences au Xinjiang, immense région située à l'ouest de la Chine, berceau de la population ouïghoure, une minorité turcophone musulmane rétive à la tutelle de Pékin et à l'arrivée en masse de millions de Chinois de l'ethnie han. La population musulmane de cette région est souvent la cible de privation de libertés. En mars 2015, un Ouïghour avait été condamné à six ans de prison pour avoir "provoqué des troubles" en "se laissant pousser la barbe", tandis qu'en juin, les autorités chinoises avaient quasiment interdit la pratique du jeûne du ramadan. 

Au cours de l'année 2014, 712 personnes avaient été condamnées pour des charges "d'attaques terroristes violentes" et de "séparatisme". L'année suivante, c'est près du double. Au total, les tribunaux chinois ont condamné 1.419 personnes pour "menace à la sécurité nationale" et "terrorisme violent" en 2015, a indiqué dimanche le président de la Cour suprême Zhou Qiang, en présentant son rapport devant l'Assemblée nationale populaire (ANP), contrôlée par le parti communiste.

Pour le président de la Cour suprême, le bond spectaculaire sur un an du nombre de condamnés témoigne du "rôle actif" joué par les tribunaux "dans les luttes antiterroristes, antisécessionnistes et anticulte". 

Des militants des droits de l'homme condamnés pour "menaces à la sécurité nationale"

Sur les 1.419 condamnations, 1.084 concernent des faits de "terrorisme violent" et 335 des "menaces à la sécurité nationale". Le rapport des autorités chinoises ne précise toutefois pas les condamnations regroupées sous cette dernière catégorie. Susan Finder, spécialiste du système judiciaire chinois, précise : 

Or, si vous regardez la liste des crimes liés à la sécurité nationale, vous constatez que des militants des droits de l'Homme ont pu être condamnés pour certains d'entre eux

Sous la présidence de Xi Jinping, la Chine a ostensiblement durci la répression contre les voix critiques à l'égard du régime communiste, emprisonnant aussi bien des avocats et militants des libertés que de simples blogueurs et des intellectuels.

Près de 100% des personnes poursuivies, reconnues coupables 

Le rapport annuel de la Cour suprême chinoise indique également près de 100% des personnes poursuivies pour différentes affaires devant des tribunaux dans le pays ont été reconnues coupables en Chine l'an dernier, alors que Pékin a promis de réduire le nombre d'erreurs judiciaires. 

Au total, 1,23 million d'accusés ont été reconnus coupables, soit un taux de condamnation de 99,92%. Et seulement 1 039 personnes ont été "reconnues innocentes".

Le système judiciaire chinois est accusé d'être entaché d'abus, notamment en matière d'extraction d'aveux par les policiers, et de droits de la défense. Les organisations de défense des droits de l'Homme dénoncent une justice sous contrôle étroit du PCC (Parti communiste chinois), où tout militant qui comparaît est sûr d'être jugé coupable.

L'opinion publique s'est élevée ces dernières années contre un certain nombre d'erreurs judiciaires. Dans quelques affaires, des tribunaux ont annulé des condamnations à mort. Les tribunaux ont ainsi "corrigé" 1.357 jugements en 2015, selon le rapport, qui ne précise les faits que dans trois affaires.

La Chine "doit tirer les leçons" de ces affaires et doit "améliorer les mécanismes qui sont susceptibles d'empêcher ou de corriger des accusations fausses dans les meilleurs délais", a plaidé le chef de la Cour suprême.

Rédaction web d'iTELE avec AFP - Photo : Vue de la place Tiananmen (Crédits : Reuters)