France – Publié le 12 janvier à 18:12 – Mis à jour le 13 janvier 2017 à 14:49

Cancer du col de l'utérus : une situation préoccupante en France

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Cancer du col de l'utérus : une situation préoccupante en France

Des gynécologues ont tiré la sonnette d'alarme, ce jeudi, devant le manque de dépistages du cancer du col de l'utérus et de vaccinations, et dénoncent aussi des interventions parfois excessives.

En 2015, le cancer du col de l'utérus a encore touché près de 2.800 femmes en France et en a tué un peu plus d'un millier. Dans le monde, il s'agit du deuxième cancer le plus fréquent chez les femmes qui fait, chaque année, 250.000 victimes. Un constat préoccupant d'autant qu'il pourrait être largement évité grâce à la vaccination et au dépistage.

Le Dr Jean-Luc Mergui, président de la Société française de colposcopie et de pathologie cervico-vaginale (SFCPCV), pointe du doigt le retard de la France dans ce domaine.

La situation en France est très préoccupante. Nous sommes en train d'accumuler un retard important par rapport aux autres pays européens.

Le vaccin du papillomavirus, ce mal-aimé

Et pour cause, le taux de vaccinations contre le papillomavirus, recommandées chez les filles de 11 à 15 ans et destinées à prévenir les lésions précancéreuses du col utérin, atteint à peine 15% en France - où il fait l'objet d'une grande défiance - contre 90% en Finlande ou 85% au Royaume-Uni, relève le médecin. La SFCPCV a annoncé au Parisien l'arrivée d'un nouveau vaccin contre ce cancer, le Gardasil 9, qui sera disponible dès cet automne en France. Déjà sur le marché australien, américain et allemand, il s'agit d'une version améliorée et plus efficace du premier Gardasil, commercialisé il y a dix ans. De 2013 à 2014, une trentaine de plaintes contre le laboratoire Sanofi Pasteur MSD, à l'origine de cette première version, ont été déposées pour des « effets secondaires graves » du médicament. Même si elles ont été classées sans suite, la méfiance s'est installée et le vaccin souffre d'une mauvaise réputation.

Stagnation des dépistages

Le dépistage du cancer du col de l'utérus, qui passe par des frottis vaginaux réalisés tous les 3 ans entre 25 et 65 ans, subit également une stagnation. Ce frottis est pourtant un examen simple, peu coûteux et surtout très efficace. Il permet de mettre en évidence la présence de lésions précancéreuses. Mais seules 50 à 60% des femmes sont concernées, contre 85% au Royaume-Uni, selon la SFCPCV, qui préconise la mise en place d'un dépistage organisé.

Des interventions chirurgicales jugées abusives

La SFCPCV va plus loin et dénonce les interventions abusives. Selon elle, un tiers des 25.000 "conisations" - une intervention consistant à enlever chirurgicalement une partie du col de l'utérus - réalisées chaque année en France peuvent être considérées comme "excessives et sans contrôle de qualité". Cette intervention n'est pourtant pas anodine chez les femmes en âge de procréer car elle peut entraîner par la suite des accouchements prématurés, d'autant plus nombreux que le volume retiré est important. La SFCPCV estime également que près la moitié des 3.500 ablations de l'utérus (hystérectomies) réalisées pour des lésions du col de l'utérus ne seraient pas non plus justifiées. Pour éviter ces excès, la SFCPCV a mis en place une charte de qualité qui s'est fixé comme objectif d'homogénéiser la formation des gynécologues chargés de prendre en charge la prévention du cancer du col et de vérifier que leurs pratiques sont conformes aux recommandations nationales et européennes.

LC avec AFP (Crédit photo : Anne-Christine Poujoulat/AFP)