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France – Publié le 18 juillet à 19:47 – Mis à jour le 19 juillet 2014 à 10:26

Incidents rue de la Roquette: Serge Benhaim dément toute attaque de la synagogue

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Incidents rue de la Roquette: la police...

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Incidents rue de la Roquette: "ça a été...

​Ceci est le second témoignage que nous avons recueilli, celui du président de la Synagogue Don Isaac Abravanel, située Rue de la Roquette, là où ont eu lieu les affrontements entre la Ligue de Défense Juive et les manifestants pro-palestiniens, en marge de la manifestation en soutien à la Palestine dimanche 13 juillet dernier, à Paris. Encore une fois, nous avons fait le choix de vous livrer cet entretien sans aucun montage et aucune coupure, vous entendrez donc les questions de notre journaliste Julien Nény ainsi que les réponses de Serge Benhaïm dans leur intégralité.

La synagogue, théâtre d’un rassemblement "pour la paix en Israël"

Serge Benhaïm confirme avoir décidé de faire une "prière pour la paix en Israël", en convoquant les fidèles par différents moyens, notamment celui de la page Facebook de la synagogue. Il indique qu’à chaque fois qu’une manifestation est organisée, les forces de polices sont prévenus, une pratique habituelle afin d’assurer la sécurité du lieu de culte et des fidèles qui s’y rendent.

"Aucun problème" pour maintenir cette manifestation, selon les forces de l’ordre

Lorsque le président de la synagogue de la rue de la Roquette a averti les forces de l’ordre (le commissariat local) de la tenue de cette "prière pour la paix", la police l’a informé en retour de la tenue du rassemblement pro-Palestine ce même jour avec pour terminus la place de la Bastille. Serge Benhaïm nous confie que les forces de l’ordre lui ont dit qu’il n’y avait "aucun problème", que c’était "hyper couvert, hyper sécurisé", la raison pour laquelle le président de la synagogue a pris la décision de ne pas annuler le rassemblement prévu à la synagogue Don Abravanel à 17h30 ce dimanche 13 juillet.

Les forces de l’ordre là pour "contrer les manifestants"

Serge Benhaïm contextualise l’intervention des forces de l’ordre, 4 policiers côté Bastille, 2 policiers postés devant la porte de la synagogue. Des policiers qui auraient ensuite demandé du renfort selon ses dires. Resté devant la synagogue, il indique avoir constaté que les grenades lacrymogènes lancées par les forces de l’ordre ont "stoppé l’élan des premiers manifestants" et que cela a "sécurisé le bas de la rue de la Roquette" (côté Bastille, ndlr).

Quel a été le rôle de la Ligue de Défense Juive dans le déroulement des échauffourées?

Le président de la synagogue de la rue de la Roquette précise que les fidèles sont toujours restés à l’intérieur du lieu de culte. En revanche, à l’extérieur, il estime à une quarantaine le nombre de jeunes présents, venue "au cas où il y aurait un problème". Il décrit leur répartition de la façon suivante : 10 personnes de la SCPJ et une trentaine d’individus appartenant à la Ligue de Défense Juive. Selon lui, ces derniers n’ont "jamais bougé de la synagogue et n’étaient pas en contact avec les manifestants". Il estime les mouvements de la LDJ à une "oscillation de 150 mètres sur la gauche à 150 mètres sur la droite" de la synagogue. Enfin, il assure "qu’à aucun moment", les jeunes de la LDJ "n’ont été à la recherche du contact ni vers la Bastille, ni vers Voltaire".

La LDJ "briefée par les forces de l’ordre" sur place

Serge Benhaïm assure qu’il "n’a pas de contacts avec la LDJ", même s’il reconnait que le groupuscule a "une renommée un peu sulfureuse". Il affirme s’être adressé aux forces de l’ordre pour leur demander de s’adresser à eux (la LDJ, ndlr). Il indique que les forces de l’ordre ont parlé avec la Ligue de Défense Juive en ces termes : "les gars, je veux pas de problèmes, vous restez ici". Il estime d’ailleurs que ce contact entre les forces de l’ordre et la LDJ qui a permis de s’assurer que la LDJ reste "toujours derrière le cordon de police quand il y en a eu un". Le président de la synagogue, "témoin de première ligne" selon ses termes, précise que lorsque les forces de l’ordre se sont déployées, "la Ligue de Défense Juive est passée derrière le rideau des forces de l’ordre". Selon lui, il n’y a "pas eu de provocation" de la part de la LDJ. Il confirme néanmoins qu’il y a bien eu un "face-à-face ouvert entre les jeunes de la manifestation pro-Palestine et les gars de la LDJ" mais cet affrontement a été "une surprise". Sur l’utilisation d’armes par la LDJ, le président de la synagogue de la rue de la Roquette confirme également que la LDJ a "cassé des chaises et des tables, pour aller livrer ce face-à-face" qu’il ne "cautionne pas".

La LDJ a-t-elle été la première à provoquer les manifestants pro-palestiniens?

A cette question, Serge Benhaïm s’inscrit en faux. Selon lui, "pas de contact visuel entre le devant de la synagogue et la place de la Bastille". Il estime que cette version des faits est "erronée" et qu’il n’y a pas eu d’appel aspirant de la LDJ pour faire venir les manifestants pro-palestiniens vers la rue de la Roquette.

La Ligue de Défense Juive doit-elle être dissoute?

Serge Benhaïm estime que si les gens de la Ligue de Défense Juive sont des "électrons libres et incontrôlés", comme n’importe quel mouvement, il faut "absolument" décider de sa dissolution. Selon ses termes, "ce n’est pas parce qu’ils sont juifs qu’ils ont l’autorisation d’être incontrôlables, ou incontrôlés". Plus tard dans l’interview, il revient sur les tweets de provocation postés sur Twitter par certains utilisateurs affiliés à la Ligue de Défense Juive. Encore une fois, "il ne cautionne pas" et estime qu’il "n’autorisera personne à venir mettre en danger une communauté venue prier, même si c’est la LDJ, même si ce sont des juifs, même s’il devait prendre des positions très frontales avec eux". Sur l’implication de la LDJ dans l’allumage de la mèche de ces affrontements, le président de la synagogue s’essaye à une métaphore qui montre la complexité de la situation : "je sais qu’une bombe peut exploser avec un détonateur qui pèse 13 grammes. Est-ce que ce sont les 13 grammes qui font exploser la bombe, ou est-ce le fait d’avoir une bombe ?". Il déplore enfin "des tonnes de provocations entre juifs et musulmans, tous les jours, toutes les minutes sur Internet".

La synagogue rue de la Roquette a-t-elle vraiment été "assiégée"?

Le président de la synagogue de la rue de la Roquette est très clair, depuis le début, son objectif a été "de remettre les choses dans leur contexte et dans leur mesure". Et ce qui suit est éloquent. "Pas un seul projectile lancé sur la synagogue". "A aucun moment, nous n’avons été physiquement en danger", précise-t-il. Alors d’où vient cette rumeur ? Serge Benhaïm pense à une "confusion" entre les événements survenus près d’une synagogue à Aulnay-sous-Bois, et ceux de la synagogue de la rue de la Roquette.

"S’appliquer à faire baisser la mousse de l’ébullition"

En conclusion de son entretien, Serge Benhaïm, en réaction aux propos de Roger Cukierman sur notre antenne, estime qu’il "faut voir le demi-verre plein". "Grâce à Dieu, il n’y a pas eu de dégâts graves, pas de dégâts humains, à part des blessés légers". A l’évocation d’un "pogrom", le président de la synagogue estime qu’on pourrait "faire grossir cet événement à la catastrophe", mais qu’il faudrait "surtout s’appliquer à faire baisser la mousse de l’ébullition et revenir aux relations qui étaient celles d’avant", avec la communauté musulmane.

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La rédaction web d'i>TELE - Propos recueillis par Julien Nény et Charlotte Gorzala