Islamophobie – Publié le 30 décembre à 20:54 – Mis à jour le 30 décembre 2015 à 23:24

222 actes islamophobes commis depuis les attentats de novembre selon le CCIF

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222 actes islamophobes commis depuis les attentats de novembre selon le CCIF

Depuis le début de l’année 2015, le nombre d’actes anti-musulmans est en forte augmentation. Un phénomène observé après les attentats qui ont visé Charlie Hebdo et une épicerie cacher en janvier dernier, mais également après les attentats du 13 novembre.

Les actes islamophobes atteignent des sommets en 2015, notamment après les attentats 

Le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) a constaté une hausse du nombre d’actes islamophobes depuis les attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis. Entre le 13 novembre et le 23 décembre, 222 actes islamophobes ont été enregistrés par le CCIF, contre 115 à la même période en 2014. 

Mais différence notable avec l’année précédente, près de la moitié des faits recensés par le collectif sont en lien avec l’état d’urgence. "Nous avons ouvert 119 dossiers liés à l’état d’urgence", indique le porte-parole du CCIF Yasser Louati, "il s’agit soit de perquisitions abusives soit d’assignations à résidence abusives". 

Pour le reste des actes islamophobes, le collectif a recensé 52 cas de discrimination, 13 agressions physiques et 38 cas de dégradations, profanations ou propos haineux. Le nombre d’agressions physiques a particulièrement augmenté entre 2014 et 2015 pour la période du 13 novembre au 23 décembre. Seulement cinq cas étaient recensés l’année dernière. 

Actes islamophobes après les attentats du 13 novembre
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De son côté, l'Observatoire national contre l'islamophobie (rattaché au CFCM) a communiqué des chiffres qui ne recouvrent qu'une période d'une semaine après les attentats du 13 novembre. Ainsi, la semaine suivant les attaques, 35 actes anti-musulmans ont été recensés. Il s'agit d'actes de discrimination, de violence ou de dégradation qui visaient soit des personnes de confession musulmane soit des édifices tels que des lieux de culte. 

Abdallah Zekri, le président de l'Observatoire national contre l'islamophobie, insiste sur la progression des actes islamophobes sur l'ensemble de l'année 2015, avec un pic en janvier : 

Il y a une augmentation des actes islamophobes depuis le début de l’année. Suite aux attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper cacher, il y a eu 178 actes pour le seul mois de janvier contre 138 pour toute l’année 2014.

Actes plus violents et climat de "suspicion"

Du 1er janvier au 30 septembre 2015, 330 actes anti-musulmans ont été recensés par l'Observatoire contre 110 pour la même période en 2014. "En plus de la progression du nombre, il y a aussi la nature des actes qui a changé : c’est plus violent", assure Abdallah Zekri. "On a constaté en 2015 des tirs à balles réelles sur les façades de mosquées, des tentatives d'incendies et des incendies de lieux de culte..."

Abdallah Zekri souligne également le climat de suspicion qui s'est installé en France suite aux attentats : "Des responsables de lieux de culte ainsi que de simples citoyens nous font part de leur inquiétude car le regard de l’autre a changé, il y a un regard de méfiance à l’égard des femmes qui portent un foulard, de ceux qui ont un bagage dans le métro…" Selon le président de l'Observatoire national contre l'islamophobie "ce qui vient de se passer en Corse [saccage d'une salle de prière à Ajaccio, ndlr] est la preuve de ce climat malsain". 

A cela s'ajoute, la haine véhiculée sur les réseaux sociaux, des propos qui ne sont pas comptabilisés dans le décompte fait par l'Observatoire national contre l'islamophobie. . C’est devenu un défouloir de haine à l’égard de l’islam et des musulmans, note Abdallah Zekri. 

Les dérives de l'état d'urgence, des actes anti-musulmans ?

L'Observatoire national contre l'islamophobie et le CCIF constatent donc la même tendance générale : une hausse des actes anti-musulmans en 2015, plus marquée dans les périodes post-attentats. Néanmoins, Abdallah Zekri émet des doutes par rapport aux chiffres du CCIF pour la période du 13 novembre au 23 décembre. Selon lui, "du 1er janvier au 30 septembre, il y a eu 330 actes, on ne peut pas en avoir plus de 200 pendant le mois de novembre". La prise en compte des cas liés à l'état d'urgence semble poser problème. 

Mais le porte-parole du CCIF, Yasser Louati, justifie la comptabilisation des perquisitions ou assignations à résidence abusives visant des citoyens de confession musulmane. "La perquisition est abusive si elle a eu lieu et que rien n’a été reproché à la personne et qu’entre temps on a démoli ses biens ou qu'il a été humilié devant sa famille", explique-t-il en dénonçant les perquisitions menées sur la simple base de "présomptions". 

Le porte-parole du collectif donne en exemple le cas d'une assistance maternelle en région PACA qui a perdu son agrément suite à une perquisition. Aucun élément compromettant n'a été trouvé lors de l'intervention, mais la simple nouvelle de la perquisition a conduit le Conseil général à retirer l'agrément d’assistante maternelle. 

Selon Yasser Louati, le ratio entre le nombre de perquisitions et le nombre d’enquêtes antiterroristes ouvertes est l'une des preuves des abus liés à l'état d'urgence. Les chiffres du ministère de l’Intérieur (publiés le 29 décembre) indiquent que près de 3.000 perquisitions ont été menées tandis que seulement deux enquêtes ont été ouvertes au pôle antiterroriste du parquet de Paris, sur un total de 300 procédures encore en phase d’enquête.

Bernard Cazeneuve a même rappelé à l'ordre les préfets, signalant dans une circulaire que les perquisitions administratives doivent être effectuées "dans le respect du droit", souligne Yasser Louati pour appuyer son point. 

"Les musulmans confrontés à deux types de réaction violente"

Le porte-parole du CCIF analyse donc deux types de réactions post-attentat qui ciblent les citoyens de confession musulmane : 

La violence des citoyens ordinaires qui voient un lien entre la présence de musulmans et les attentats, oubliant que les terroristes eux ont tiré dans le tas. Les femmes voilées sont les principales victimes des agressions physiques (une jeune femme de 18 ans a notamment été agressée mi-novembre Marseille). En parallèle, il y a le silence du gouvernement et l’état d’urgence qui renforce cette violence faite aux musulmans. Les perquisitions abusives sont une violence faite aux personnes sur la base de l’appartenance religieuse.

Précision sur la méthodologie des deux instances qui comptabilisent les actes islamophobes : l'Observatoire national contre l'islamophobie relaie principalement les actes qui font l'objet d'une plainte au commissariat ou au tribunal et rejoint donc les chiffres du ministère de l'Intérieur. Les chiffres du CCIF sont généralement plus élevés que ceux car ils se basent sur les témoignages directs des victimes, vérifiés et recoupés. "Chaque signalement fait l’objet d’une instruction minutieuse de la part de notre service juridique, afin de déterminer s’il s’agit bien d’un acte islamophobe", précise le collectif.

Maïna Fauliot-Marjany (@MainaFauliot) - Photo : des exemplaires du Coran brulés dans l’attaque d’une mosquée d’Ajaccio en Corse - Crédits : PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP