Somalie : les Shebabs sur le front de la communication

Les insurgés islamistes somaliens Shebabs ont publié, ce lundi, sur leur compte Twitter une photo du cadavre d'un homme, présenté comme le chef du commando français ayant échoué à libérer samedi l’otage Denis Allex. « Le commandant français tué pendant l’opération de secours bâclée à Bulo-marer » peut-on lire sur la légende d’un cliché. On le voit gisant sur le sol au milieu de son équipement, d'un gilet pare-balles, d’armes, de fusils d’assaut et d’une carte photo satellite. Sur une autre image publiée, le visage du soldat présumé apparaît en gros plan, une croix mise en avant : « vous voulez mener une croisade contre nous, mais sa croix n’a pas pu le sauver de l’épée ». Dans un autre tweet, les Shebabs s’adressent directement au président de la République : « François Hollande, est-ce que cela en valait la peine ?».

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Des clichés postés aussi aisément sur les réseaux sociaux par un groupe terroriste peut paraître étonnant. Pas tant que cela finalement. « Il s’agit d’une organisation politique qui contrôle le sud du pays. Le mode de communication n’est autre que le reflet de notre époque » précise Olivier Ravanello, spécialiste des questions internationales d’ i>TELE. Le choix de publier ces images sur Twitter n’est pas innocent. Le message est même lourd de sens : « un rapport de force s’installe entre l’Elysée et ce groupe terroriste. Il veut montrer que l’homme qu’il tient est mort » rappelle Olivier Ravanello. Pierre Servent, spécialiste des conflits et de l’armée, pousse l’analyse un peu plus loin. Selon lui, l’objectif est avant tout de ne pas perdre la face. Il s’agit de « récupérer par l’image et l’impact psychologique, la faiblesse de faite qu’on voit dans l’opération somalienne, puisqu’on voit dix-sept combattants tués d’un côté, deux soldats seulement du côté des Français».

La publication de ces clichés représenterait ainsi une sorte de trophée des temps modernes. Ces « moines soldats » comme les surnomment Pierre Servent, sont des combattants déterminés. Ils ont le sentiment de servir une cause religieuse. Le groupe a d’ailleurs des moyens matériels considérables pour mener à bien la mission. L’impact sur la toile serait de recruter, d’appeler d’autres groupes djihadistes à agir : « on voit fleurir sur internet des appels à des représailles contre la France… et surtout en France, on appelle à l’émergence de nouveaux Mohamed Merah » ajoute Jean-Charles Brisard, expert en terrorisme sur i>TELE.

La situation est aujourd’hui tendue après l’échec de l’assaut français ce week-end. Plus tôt dans la journée, Jean-Yves Le Drian déclarait à la fin d’une réunion interministérielle : « les Shebabs se préparent à une mise en scène macabre et indigne ». Le ministre de la Défense avait assuré «que tout nous laisse à penser que l'otage a été assassiné et que l'autre soldat a été tué». Un peu plus tard dans la journée, Jean-Marc Ayrault dénonçait une « mise en scène particulièrement odieuse ».  

Donia HACHEM - Journaliste web i>TELE