Egypte – Publié le 04 février à 17:02 – Mis à jour le 04 février 2016 à 17:06

Un étudiant italien retrouvé mort en Egypte

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Un étudiant italien retrouvé mort en Egypte

Un étudiant italien disparu il y a dix jours a été retrouvé mort ce jeudi au Caire. Il pourrait avoir été victime de la répression policière.

Giulio Regeni avait disparu au Caire il y a dix jours. Rome a confirmé officiellement la mort de l'étudiant italien ce jeudi, et a convoqué l'ambassadeur égyptien en Italie pour lui faire part de son "trouble", le jeune homme ayant été vraisemblablement torturé avant de mourir. Michele Valensise, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, "a convoqué de manière urgente ce matin l'ambassadeur d'Egypte (...) pour exprimer le trouble du gouvernement italien à la suite de la mort tragique du jeune Giulio Regeni au Caire", a indiqué le ministère dans un communiqué.

5ème anniversaire de la révolte populaire

L'italien de 28 ans, doctorant à l'université britannique de Cambridge, faisait des recherches pour une thèse sur les mouvements ouvriers en Egypte, quand il a mystérieusement disparu le 25 janvier au centre de la capitale égyptienne. Selon le récit d'amis et étudiants au Caire sur les réseaux sociaux, Giulio Regeni aurait disparu vers 20h00 alors qu'il se rendait à un rendez-vous du domicile qu'il partageait avec un colocataire au centre du Caire à une station de métro.

Ce jour-là, 5e anniversaire de la révolte populaire de 2011 qui mit fin au régime de Hosni Moubarak, le gouvernement égyptien, qui réprime violemment toute forme d'opposition, avait interdit tout rassemblement, et policiers et soldats quadrillaient la ville.

"Il s'agit d'un meurtre"

Le corps du jeune homme a été retrouvé mercredi dans un fossé en bordure d'une route à moitié dénudé, avec des traces de sévices sur le corps, sur la commune du 6 Octobre, une banlieue du Caire, a annoncé jeudi Hossam Nassar, magistrat du parquet qui a constaté sa mort.

"Il s'agit d'un meurtre", a-t-il assuré, précisant qu'"Il y avait des contusions et des blessures sur le corps et il ne portait que des vêtements sur le haut du corps". "Il avait des bleus et des blessures sur tout le corps, en particulier sur le visage et dans le dos, et le bas était dénudé", a confirmé Ahmed Nagui, chef du parquet chargé des affaires criminelles au Caire.

Consulté par un correspondant de l'AFP, le rapport du parquet évoque aussi "des brûlures de cigarettes autour des yeux et sur la plante des pieds".

"Nous voulons la vérité sur ce qui s'est passé", a exigé le ministre italien des Affaires étrangères Paolo Gentiloni sur la télévision italienne RAI.

Régime répressif

Toutes les hypothèses restent ouvertes sur la mort de l'étudiant italien, dont celle du crime crapuleux. Mais les réseaux sociaux et les milieux diplomatiques au Caire évoquent avec insistance celle d'une possible bavure policière, dans un pays où la police et les services de renseignements sont accusés régulièrement par les organisations de défense des droits de l'Homme d'arrêter et de détenir sans procès, voire de violenter ou torturer.

Plusieurs cas de morts violentes d’Égyptiens dans les commissariats ont donné lieu récemment à des procès contre des policiers. La police a été priée récemment par le président Abdel Fattah al-Sissi en personne, de faire preuve de retenue.

Depuis qu'il a destitué et fait arrêter le 3 juillet 2013 le président islamiste élu Mohamed Morsi, M. Sissi, alors chef de l'armée, dirige un pouvoir qui réprime violemment toute opposition, islamiste, laïque et libérale. Il a été élu président à son tour en mai 2014, en l'absence d'opposition crédible mais grâce à une forte popularité.

Plus de 1.400 manifestants islamistes ont été tués en 2013 et des centaines de sympathisants de M. Morsi, dont l'ex-président lui-même, ont été condamnés à mort dans des procès expéditifs vivement dénoncés par l'ONU.

L'Italie attend des réponses

"Rome s'attend de la part des autorités égyptiennes à la plus grande collaboration à tous les niveaux, à la lumière de la gravité extrême de ce qui est arrivé à notre citoyen", a insisté secrétaire général du ministère italien des Affaires étrangères Michele Valensise. "L'Italie (...) renouvelle la requête aux autorités égyptiennes de lancer immédiatement une enquête commune avec la participation d'experts italiens", a ajouté Rome.

En fin d'après-midi jeudi, l'ambassadeur d'Italie s'est rendu à la morgue centrale du Caire où le corps du jeune supplicié était autopsié.

Le ministre italien des Affaires étrangères Paolo Gentiloni a demandé jeudi au gouvernement égyptien que "toute la vérité" soit établie, avec l'aide d'enquêteurs italiens, sur les circonstances de la mort au Caire de l'étudiant Giulio Regini.

"Nous voulons que soit révélé de manière complète et approfondie ce qui est arrivé" au jeune homme, a déclaré le chef de la diplomatie italienne, qui s'exprimait sur la chaîne RaiNews24 depuis Londres.

Article rédigé par la rédaction web d'iTELE (avec AFP) / Crédits photo d'illustration: M. Soli