Casques bleus – Publié le 12 mars à 17:43 – Mis à jour le 12 mars 2016 à 17:52

L'ONU s'attaque au problème des abus sexuels commis par des casques bleus

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L'ONU s'attaque au problème des abus sexuels commis par des casques bleus

Le conseil de sécurité de l'ONU a ratifié vendredi une résolution condamnant les abus sexuels commis par les casques bleus, ces soldats déployés par l'organisation dans le cadre de ses missions de maintien de la paix. Des contingents entiers pourront être rapatriés en cas de "preuves tangibles".

C'est une première dans l'histoire des Nations Unies. Le conseil de sécurité de l'ONU a voté une résolution qui condamne les abus sexuels commis par les casques bleus. Un problème récurrent et mis à jour dans différentes affaires en Centrafrique ou en République démocratique du Congo ces derniers mois.

Le rapatriement de contingents entiers : une mesure controversée

Si cette condamnation est unanime, les avis divergent cependant quant aux mesures à appliquer. Le texte, adopté ce vendredi et décidé unilatéralement par les Américains, a provoqué des dissensions entre les Etats membres.

Si un pays ne sanctionne pas juridiquement ses soldats fautifs, il sera écarté des opérations de maintien de la paix. La résolution prévoit également le rapatriement de contingents entiers de casques bleus en cas de soupçon d'abus sexuels ou d'exploitation sexuelle. Une mesure critiquée par l'Egypte, qui regrette une "punition collective" pour les crimes commis par "quelques dizaines de brebis galeuses". L’ambassadeur égyptien Amr Abdellatif Aboulatta a  souligné le risque d'avoir "un grave impact sur le moral du personnel et de ternir la réputation" des pays fournisseurs de casques bleus. L'Egypte s'est d'ailleurs abstenu lors du vote (quatorze voix pour, une abstention). 

Certains diplomates ont également alerté sur le risque d'une pénurie de casques bleus causée par le renvoi de contingents entiers. La Chine, Le Venezuela, la Russie et l'Angola ont dans un premier temps soutenu l'amendement proposé par l'Egypte pour alléger les mesures, avant de se ranger du côté des Américains. Un amendement qui "aurait nui à l'objectif de cette résolution", selon l'ambassadrice américaine Samantha Power. Il faut "s'attaquer enfin au cancer des abus et de l'exploitation sexuels, dont sont victimes des gens qui ont fait confiance au drapeau de l'ONU", a-t-elle l'ajouté.

Elle a reçu le soutien de l'ambassadeur français François Delattre: "Il n'est pas question d'infliger un blâme collectif" mais "d'adresser un message clair à tous: casques bleus, policiers, personnel civil et forces internationales."

La fracture Nord/Sud

Le débat reflète les profonds désaccords entre les pays occidentaux, qui financent majoritairement les opérations mais fournissent peu de troupes et les pays du Sud qui alimentent largement en hommes les contingents de casques bleus. L'ambassadeur adjoint russe Petr Iliichev a souligné qu'il fallait "écouter la voix des pays contributeurs (de casques bleus) et ne pas dresser le Conseil contre ces pays". La Russie estime estime également que le Conseil n'est pas compétent sur la question.

Actuellement, l'ONU est présente dans 16 missions de maintien de la paix dans le monde. 100.000 soldats et policiers issus de 122 pays sont déployés. Parmi les principaux fournisseurs, on compte surtout des pays émergents ou en développement : l'Ethiopie en tête avec 8.300 hommes, l'Inde, le Pakistan et le Bangladesh (plus de 7.000 hommes chacun) ou encore le Rwanda (6.000 hommes). A l'inverse, les Etats-Unis contribuent à hauteur de 28% du budget annuel des opérations mais ne mettent à disposition que 80 hommes.

Des sanctions nécessaires : 69 cas d'abus sexuels en 2015

Jusqu'à aujourd'hui seuls les pays fournisseurs de soldats étaient habilités à sanctionner pénalement les coupables mais dans les faits peu d'affaires aboutissaient à des condamnations. Cette résolution vise donc à combler un manque.

69 cas d'abus sexuels auraient été commis par des casques bleus en 2015 dans 10 missions de la paix selon le dernier rapport annuel du secrétaire général Ban Ki-moon. "Une nette augmentation" par rapport à 2014 (52 cas). Des soldats ou policiers de 21 pays sont mis en cause, avec en tête la RDC (7 cas), le Maroc et l’Afrique du Sud (4 cas), principalement en Centrafrique (Minusca) et en République Démocratique du Congo (Monusco). Depuis le début de l'année, 26 nouvelles accusations ont été enregistrées.

Le rapatriement de contingents opérant a déjà été mis en place par l'ONU pour des cas similaires en Centrafrique. De leur côté, les forces internationales mandatées par l'ONU mais qui ne sont pas sous commandement onusien (comme la force française Sangaris en Centrafrique par exemple) sont invitées à "prendre des mesures adéquates". Des soldats français de la force Sangaris, accusés de viols d'enfants en Centrafrique, font actuellement l'objet d'une procédure judiciaire en France.

Article rédigé par la rédaction d'iTELE avec AFP - Photo : ONU