Suisse – Publié le 28 février à 15:47 – Mis à jour le 28 février 2016 à 17:09

Les Suisses votent contre l'expulsion automatique des "étrangers criminels"

Les Suisses votent contre l'expulsion automatique des "étrangers criminels" «
Play

Primaires américaines : insultes et coup...

»
Play

Jusqu'à 70.000 migrants pourraient se re...

Selon les premières estimations, près de 60% des Suisses ont rejeté la proposition du parti conservateur UDC, qui souhaitait élargir les motifs d'infraction entraînant l'expulsion des étrangers.

Non, enfreindre le code de la route suisse ne sera pas synonyme d'expulsion du territoire. Les citoyens suisses ont voté contre la proposition controversée des conservateurs de l'Union démocrate du centre (UDC), visant à expulser automatiquement les étrangers coupables de crimes ou d'infractions mineures. Selon les premières estimations, 59% des Suisses ont voté non à l'initiative.

Le taux de participation a été plus élevé que la moyenne habituellement enregistrée en Suisse, preuve que le sujet a suscité beaucoup d'intérêt. Fait rare, des files se sont formées dimanche matin devant les bureaux de vote de plusieurs villes suisses, telles Lausanne, Berne et Bienne. 

Un résultat surprenant

Nombre d'observateurs ne s'attendaient pas à un tel écart en faveur du "non" : les premiers sondages publiés trois mois plus tôt donnaient le camp du "oui" gagnant, alors que les dernières études annonçaient un résultat extrêmement serré. Un retournement rare en Suisse selon le politologue Pascal Sciarini :

Le capital de soutien pour l'initiative s'est érodé. Ce n'est pas habituel.

La surprise est d'autant plus grande qu'en 2010, les Suisses avaient voté en faveur d'une initiative de l'UDC demandant déjà le renvoi des criminels étrangers. En réaction, le Parlement suisse avait introduit en mars 2015 une clause permettant aux juges d'éviter l'expulsion automatique des condamnés dans certains cas.

Considérant que la volonté populaire avait été bafouée par cette clause, l'UDC demandait "le renvoi effectif des criminels étrangers". Autrement dit, le renvoi automatique (donc sans l'accord d'un juge) de tout étranger ayant déjà été condamné au cours des 10 dernières années, qui serait reconnu coupable d'avoir commis des infractions mineures comme des "lésions corporelles simples" ou la participation à une rixe.

Le gouvernement et le Parlement avaient jugé la proposition de l'UDC contraire aux "règles fondamentales" de la démocratie et aucun autre parti national ne soutenait l'initiative.

Les moutons sont heureux 

Ce refus net des Suisses marque un coup d'arrêt pour l'UDC, qui a fait de l'immigration son sujet phare (on se souvient notamment de sa campagne polémique pour interdire la construction de minarets). Le parti, dont les affiches électorales représentent un mouton noir expulsé du drapeau suisse par un mouton blanc, est depuis moqué sur les réseaux sociaux.

Le soulagement est grand au sein des partis politiques du pays. "Aujourd'hui est un jour de fête", s'est exclamée la conseillère nationale suisse Cesla Amarelle, dans un texte publié sur Internet :

La magnifique mobilisation citoyenne de ces derniers mois et surtout de ces dernières semaines en faveur de la démocratie, d'un juste recours au pouvoir de l'Etat et en faveur de la dignité de l'ensemble des personnes d'origine étrangère qui vivent avec nous a opposé un démenti cinglant à l'arrogance, à la xénophobie et à l'autoritarisme de l'élite de l'UDC.

D'après l'Office fédéral de la statistique, l'application de la proposition de l'UDC aurait pu conduire en 2014 à l'expulsion de près de 10.000 personnes, contre 500 en moyenne. 

Raphaël Badache (avec AFP)