RD Congo – Publié le 16 février à 15:21 – Mis à jour le 16 février 2016 à 17:03

Journée ville morte en RDC pour exiger la tenue des élections en 2016

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Journée ville morte en RDC pour exiger la tenue des élections en 2016

À l’appel de plusieurs leaders d’oppositions, les principales villes congolaises ont fonctionné totalement au ralenti mardi 16 février. Les opposants au président Joseph Kabila lui reprochent de vouloir s’accrocher au pouvoir en repoussant la date de l’élection, prévue initialement en 2016, aux calendes grecques.

Ecoles et universités désertes, impossible de capter RFI, la radio la plus populaire à Kinshasa, ou de prendre les transports publics. Mardi matin, les Congolais de Kinshasa, la capitale, Bukavu dans le sud-Kivu ou Goma au Nord-Kivu, dans l’est du pays, ont passé une matinée au ralenti.

Une grève générale qui a pris des allures de défiance envers le pouvoir en place. Depuis plusieurs mois,  Joseph Kabila, l’actuel président congolais, entretient le doute sur sa candidature pour un troisième mandat. La Constitution congolaise n’en permet normalement que deux consécutifs. Ses détracteurs l’accusent de se maintenir au pouvoir en repoussant sans cesse l’échéance électorale, d’abord prévu en novembre 2016, puis repoussée à une date ultérieure encore inconnue.

Des journées villes mortes ont fréquemment lieu en RDC. Mais celle de mardi a été suivie et coordonnée dans plusieurs villes, à la demande de plusieurs leaders d’opposition. Seule la ville de Lubumbashi, un des poumons économiques du pays, aurait peu suivi la manifestation selon des témoins cités par l'AFP.

De son côté, le gouvernement a affirmé que la journée avait été "un échec", comme l'a tweeté la correspondante de RFI à Kinshasa.

Une "journée ville morte" pour éviter les débordements ?

Le 16 février marque normalement l'anniversaire de la répression meurtrière de la "marche des chrétiens" de 1992, partie des églises catholiques de Kinshasa après la messe dominicale pour tenter d'arracher la démocratie au dictateur zaïrois Mobutu. Cette année, l’opposition, qui avait dans un premier temps appelé à une grande marche pacifique, s’est ravisée et a demandé aux Congolais de rester chez eux pour dire "non à la violation de la constitution et oui à l’organisation de l’élection présidentielle dans les délais constitutionnels".

De nombreux opposants politiques à Joseph Kabila, parmis lesquels Félix Tshisekedi, le secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social , principal parti d’opposition, ou encore Moïse Katumbi, l’ancien gouverneur du Katanga proche du parti du président mais désormais passé dans l’opposition ont appelé à la grève générale.

L’année dernière,  des manifestations à Kinshasa avaient dégénéré, donné lieu à des pillages et à des heurts avec la police faisant au moins 42 morts selon la FIDH. Un mois auparavant, en janvier 2015, plusieurs dizaines de personnes avaient été tuées à Kinshasa dans des émeutes et leur répression. Les événements étaient partis d'un mouvement de contestation lancé par l'opposition mais ayant rapidement échappé au contrôle de ses organisateurs.

Le slogan "Yebela" scandé à toute occasion

Pour le patron de l'Union pour la Nation Congolaise (UNC),Vital Kamerhe, interrogé par le site belge Libre.be, ce 16 février a permis d’envoyer un message aux autorités de Kinshasa:

Nous voulons faire comprendre pacifiquement à Monsieur Kabila qu'il doit respecter la Constitution et organiser les élections présidentielles en novembre prochain avant de céder le pouvoir à son successeur en décembre de cette année. Nous voulons envoyer un message au président Kabila mais aussi à la communauté internationale.

Les manifestations, parfois déguisées, contre Joseph Kabila, se multiplient ces dernières semaines, et un slogan "Yebela" (littéralement "sache que" en swahili, version courte de "Kabila Yebela mandat esili" qui signifie "Kabila sache que ton mandat est fini") est même très suivi sur les réseaux sociaux. Lors de la victoire de l’équipe de football de la RDC au Championnat d'Afrique des Nations la semaine dernière au Rwanda, des supporters avaient profité des célébrations pour scander des chants contre le président. En opposition, un contre-slogan "Wumela" ("reste longtemps") est également apparu dans les manifestations de rue et sur Twitter, pour soutenir Joseph Kabila.

Article rédigé par Alexandre Capron (@alexcapron) - Crédits photos : Twitter Lydie Omanga - Des commerçants de Kinshasa ont fermé boutique mardi 16 février pour suivre l'appel "journée ville morte" demandée par l'opposition.