Venezuela – Publié le 19 février à 23:26 – Mis à jour le 19 février 2016 à 23:45

​Face à la crise du pétrole, le Venezuela augmente l’essence de 6000%

​Face à la crise du pétrole, le Venezuela augmente l’essence de 6000% «
Play

Affaire Merah : le parquet demande un pr...

»
Play

Signé Laurence Haïm: la violence (politi...

​Face à la crise du pétrole, le Venezuela augmente l’essence de 6000%

Le président du Venezuela Nicolas Maduro s'est résolu, face à l'ampleur de la crise du pétrole, à augmenter considérablement le prix de l'essence. Une mesure très sensible dans ce pays pétrolier où le carburant était le moins cher du monde.

"C'est une mesure nécessaire, je l'assume", a déclaré mercredi le chef de l'Etat lors d'une allocution de plusieurs heures au cours de laquelle il a précisé que le nouveau prix pour l'essence super 95 serait de "6 bolivars" (0,5 euro) le litre, contre 0,009 euro avant.

Le prix de l'autre type d'essence, celle à l'indice d'octane de 91 appelée "normale", passera à 1 bolivar (0,09 euro). La hausse de ce qui était le carburant le moins cher du monde est donc de 1.328,5% pour le "normal" et de 6.085% pour le "super".

« Faire rentrer de l’argent dans les caisses »

Pourquoi une telle hausse des prix à la pompe ? Pour Arnoldo Pirela, professeur d’économie à l’université centrale de Caracas, il s’agit de « faire rentrer de l’argent dans les caisses de la société » :

La mesure est prise pour raisons fiscales, pour faire des bénéfices, faire entrer de l’argent dans les caisses de la société pétrolière de l’Etat

L’annonce de cette augmentation intervient la veille de la communication par la Banque centrale du Venezuela de chiffres sur son économie : le pays a enregistré une inflation de 180,9% en 2015, une des plus élevées au monde, et un recul du PIB de 5,7%, pour la deuxième année consécutive. En sus de l’augmentation du prix de l’essence, Nicolas Maduro a également décidé de dévaluer sa monnaie de 37%.

Chute des revenus issus du pétrole

« Depuis des années, le prix du pétrole au Venezuela n’a aucun sens », assène le professeur Arnolda Pirela. Si bien que selon lui, « la hausse du prix aujourd’hui n’est pas suffisante pour couvrir les frais de dépenses. Le prix reste presque insignifiant en rapport aux coûts réels ». Et de préciser :

Il manque beaucoup. A titre comparatif, les USA vendent à 0.70 cents. Même en augmentant à 1 bolivar (0.09 cents), on en est très loin.

Le Venezuela, membre de l’organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), tire 96% de ses devises du pétrole. Récemment, en partie à cause de la baisse conséquente de la valeur du pétrole au niveau mondial, le pays a accusé une chute de 70% de ses revenus issus du pétrole : ceux-ci sont passés de 42 milliards de dollars en 2013, à 12,5 en 2015.

Sujet ultrasensible

L’augmentation du prix de l’essence, une mesure reportée à plusieurs occasions par le président Maduro, est considérée comme un sujet ultrasensible, tant le souvenir du "Caracazo" reste vif. C'est le nom des émeutes meurtrières déclenchées en 1989 lorsque le gouvernement d'alors avait annoncé une multiplication par deux des prix à la pompe.

Au Venezuela, les prix des carburants étaient gelés depuis le milieu des années 1990 et aucun gouvernement n'avait osé briser ce tabou. "J'appelle à la paix et au respect de ces décisions nécessaires. L'heure est venue d'installer un système qui garantisse l'accès aux hydrocarbures à des prix justes", a ainsi énoncé le président Maduro.

Une nouvelle série d’émeutes meurtrières semble néanmoins peu probable aujourd’hui. Arnolo Pirela « ne pense pas qu’il y ait un problème pour que la majorité de la population accepte cette mesure. Tout le monde sait depuis un moment qu’il faut augmenter le prix du pétrole, qui jusqu’alors était offert. »

Rédaction web d'iTELE (avec AFP) Photo : des voitures attendent à une station service à Caracas, le 17 février 2016 (Juan Barreto/AFP)