Crise des réfugiés – Publié le 16 janvier à 16:33 – Mis à jour le 16 janvier 2016 à 18:00

En Australie, des demandeurs d'asile tentent de se suicider tous les deux jours

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En Australie, des demandeurs d'asile tentent de se suicider tous les deux jours

Un demandeur d'asile porte atteinte à son propre corps en moyenne tous les deux jours dans des centres de détention au large de l'Australie. Selon un rapport rendu public samedi plusieurs cas d'automutilation, de tentatives de pendaison, d'empoisonnement ou d'étouffement sont recensés.

L'Australie a adopté une ligne dure en matière de politique migratoire. Le pays envoie désormais les demandeurs d'asile qui tentent d'entrer par bateau sur son territoire vers les îles de Papouasie-Nouvelle-Guinée et Nauru, où leurs dossiers sont examinés.

Selon le rapport, 188 cas d'automutilation ou de tentatives de suicide impliquant des demandeurs d'asile ont été recensés à Nauru en un an, de juillet 2014 à juillet 2015, et 55 autres à Manus Island, en Papouasie, pour la même période. Parmi les incidents signalés, le rapport évoque des demandeurs d'asile se bourrant de sachets de thé, tentant de se pendre avec des draps ou des tuyaux, ainsi qu'une femme "versant de l'eau bouillante sur (ses) membres inférieurs".

Au total, 1.459 demandeurs d'asile étaient retenus à Manus Island et Nauru fin 2015, pour 28.919 personnes sur le territoire australien, selon les autorités.

"No way"

Les organisations des droits de l'Homme critiquent la politique du gouvernement envers les demandeurs d'asile arrivant par la mer, mais le gouvernement estime que ses mesures strictes ont permis de mettre fin aux noyades.

Pour contrer l’afflux de migrants illégaux en Australie, le gouvernement avait lancé, en avril 2014, une campagne anti-immigration très controversée. Le slogan phare : "No way" soit "Hors de question". L’affiche de la campagne se veut explicite : l’expression "No way" est écrite en lettres capitales rouges avec pour fond une mer déchaînée sur laquelle on aperçoit un bateau malmené. La phrase complète signifie "Hors de question. Vous ne ferez pas de l’Australie votre maison". 

Vives critiques des organisations des droits de l'Homme

Dès 2013, Amnesty rapportait que les demandeurs d’asiles étaient détenus "sous un régime de type carcéral, dans des locaux surpeuplés sous une chaleur étouffante, manquant d’eau et de soins médicaux". Amnesty soulignait que cet état de fait était volontaire afin de pousser les réfugiés à retourner dans leur pays. Fuyant des zones de conflits connues, comme l’Irak, l’Afghanistan, l’Iran, la Syrie, ou encore des situations de discrimination extrême comme les Rohingyas du Myanmar ou les Bidouns du Golfe, la majorité des demandeurs d’asile n’ont nulle part où aller.

En juin 2014, des migrants ont été détenus, en secret, pendant un mois en pleine mer, dans les eaux internationales, dans un bateau des douanes australiennes pour être interrogés.

Comble de cette brutalité, le gouvernement pourrait adopter une nouvelle loi qui devrait renforcer les pouvoirs accordés aux gardes des centres de rétention, leur permettant, de fait, de "battre les demandeurs d'asile à mort", estime un ancien juge de la Cour suprême interrogé par le "Guardian".

Les défenseurs des droits de l’Homme estiment tout simplement que l’Australie s’est déchargée sur d’autres du fardeau de sa responsabilité. Les Nations unies ont déjà condamné le gouvernement australien, accusé de manquer à ses obligations de signataire de la Convention sur les réfugiés de 1951, qui stipule que les migrants ont le droit de demander l'asile.

Rédaction web d'iTELE avec AFP / Crédit photo : AFP (illustration, réfugiés dans un bateau proche de l'Australie)