Brésil – Publié le 16 mars à 21:52 – Mis à jour le 16 mars 2016 à 23:33

Brésil: l'ancien président Lula intègre le gouvernement de Dilma Rousseff

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Brésil: l'ancien président Lula intègre le gouvernement de Dilma Rousseff

L'ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a été nommé mercredi à un poste clé du gouvernement par son héritière politique Dilma Rousseff, embourbée dans une tempête politique et judiciaire qui menace de la faire chuter. Lula échappe par la même occasion à la menace d'un placement en détention.

Six ans après avoir quitté le pouvoir avec une popularité record de 80%, Lula est revenu aux affaires mercredi 16 mars. Il a accepté un poste de quasi-Premier ministre pour tenter de sauver la tête de son héritière, la présidente Dilma Rousseff menacée de destitution.

Cette nomination lui permettrait aussi de se préserver d'une probable menace d'un placement en détention par le juge fédéral Sergio Moro. Celui-ci le soupçonne de "corruption et blanchiment" d'argent, dans le cadre du scandale Petrobras. Les ministres ne peuvent en effet répondre pénalement de leur actes que devant le Tribunal suprême fédéral (STF), chargé du volet politique de l'affaire.

Coalition parlementaire au bord de l'implosion

Lula, qui a présidé au boom socio-économique du Brésil entre 2003 et 2010, a été nommé "ministre d'Etat, chef de la Maison civile" en remplacement de Jaques Wagner, a annoncé la présidence dans un communiqué. Il s'agit du poste le plus élevé du gouvernement, à cheval entre des fonctions de chef de cabinet et de Premier ministre, qui conférera à Lula un rôle de tout premier plan.

Dilma Rousseff, qui avait exercé cette fonction sous la présidence Lula avant de lui succéder en 2010, a estimé mercredi que "l'arrivée de Lula renforce" son gouvernement. Dès sa prise de fonction, mardi 22 mars, il va peser de tout son poids politique pour tenter d'éloigner la menace de destitution qui pèse chaque jour plus lourdement sur Mme Rousseff, dont la coalition parlementaire est au bord de l'implosion.

“Une gifle à la société”

Une nomination que ne s’est pas privée de critiquer l’opposition. Le député Antonio Imbassahy, chef du groupe parlementaire à l'Assemblée de la première formation d'opposition, le Parti sociale-démocrate brésilien (centre-droit) n’a pas hésité à fustiger la décision de la présidente:

Au lieu de donner des explications et d'assumer ses responsabilités, l'ex-président Lula a préféré fuir (la justice ordinaire, NDLR) par la porte de derrière. C'est un aveu de culpabilité et une gifle à la société. La présidente, en l'invitant, se fait son complice. Le chapitre final de cette histoire sera la destitution.

Le sénateur écologiste Álvaro Dias (du Parido Verde) livre une analyse critique similaire:

Le gouvernement s'enfonce un peu plus. L'énorme rejet de la présidente s'additionne à présent à celui du président Lula.

La gauche au pouvoir dénonce la procédure de destitution parlementaire engagée contre Dilma Rousseff comme une tentative de "coup d'Etat" institutionnel d'une opposition revancharde qui n'a pas accepté sa défaite dans les urnes en 2014 et veut empêcher la candidature redoutée de Lula à la présidence en 2018.

Procédure d'impeachment

En marge du tumulte politique, le Tribunal suprême s'est réuni ce mercredi 16 mars dans l'après-midi pour fixer les règles précises de la procédure d'impeachment. Celle-ci a été lancée en décembre 2015 contre la présidente de gauche à l'initiative de l'opposition de droite.

L'opposition accuse le gouvernement de Dilma Rousseff d'avoir sciemment maquillé les comptes publics de l'Etat en 2014, en pleine campagne électorale, pour minimiser l'ampleur des déficits et favoriser la réélection de la présidente. Le Tribunal suprême fédéral avait freiné la procédure en décembre. Ses décisions, attendues d'ici jeudi 17 mars, vont sonner la reprise des hostilités au Parlement.

Sévère récession économique

Lula est considéré par la gauche au pouvoir comme la seule figure capable de sauver le mandat de la présidente, acculée par une crise politique majeure qui paralyse le Brésil. Et ce au milieu d'une sévère récession économique et des incessants rebondissements dévastateurs de l'enquête sur les détournements de fonds au sein de Petrobras.

Trois millions de Brésiliens ont réclamé dimanche 13 mars son départ lors de manifestations d'ampleur historique à travers tout ce pays de plus de 200 millions d'habitants. 


Brésil : Plus de 3 millions de manifestants... par ITELE

La veille, le grand parti centriste PMDB, incontournable pilier de la majorité parlementaire, s'était donné 30 jours pour décider ou non de claquer la porte du gouvernement.

Aussi, mardi 15 mars, la justice a rendu publique une rafale d'accusations explosives portées par l'ancien chef du groupe sénatorial du PT au pouvoir, le sénateur Delcidio Amaral, poursuivi dans le scandale Petrobras. Dans le cadre d'un pacte de collaboration à l'enquête contre remise de peine, cet ex-membre de premier plan du camp présidentiel a accusé le ministre de l'Education  Aloizo Mercadente, de l'avoir incité à se taire pour protéger le gouvernement.

Accusations tous azimuts

Le sénateur Amaral a fini au contraire par collaborer et a été remis en liberté, après avoir porté des accusations tous azimuts. Il a accusé la présidente d'avoir manœuvré pour tenter d'entraver le cours de l'enquête et obtenir la remise en liberté des patrons des plus puissants groupes de construction du pays impliqués dans le scandale Petrobras et soupçonnés d'avoir financé illicitement ses campagnes électorales.

Il a également mis en cause Lula, le vice-président Michel Temer (PMDB) qui assumerait le pouvoir jusqu'en 2018 en cas de destitution de Dilma Rousseff, et le chef de l'opposition, le président du Parti social-démocrate brésilien (PSDB) Aecio Neves, rival malheureux de Dilma Rousseff au second tour de la présidentielle de 2014. Tous ont protesté de leur innocence.

En 1988, Luiz Inacio Lula da Silva, fondateur du Parti des Travailleurs en 1980, avait lancé cette phrase:

Au Brésil quand un pauvre vole, il va en prison. Quand un riche vole, il devient ministre!

28 ans plus tard, celle-ci pourrait bien se retourner contre lui.

Article rédigé par la rédaction web d'iTELE (avec AFP) / Photo : Les supporters de l'ancien président brésilien accueillent Luiz Inacio Lula da Silva (à droite) le 4 mars 2016 (Crédits photo : Miguel Schincariol / AFP)