Algérie – Publié le 24 février à 23:10 – Mis à jour le 24 février 2016 à 23:35

Amnesty International déplore une restriction des libertés en Algérie

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Amnesty International déplore une restriction des libertés en Algérie

Les autorités algériennes "ont restreint les libertés d'expression, d'association et de réunion", déplore Amnesty International dans son rapport annuel rendu public mercredi. L'ONG critique également la politique de réconciliation nationale qui empêche la justice d'enquêter sur les actes de torture et autres atteintes graves aux droits humains commis dans les années 1990.

Dans son rapport annuel 2015/2016, Amnesty International dresse un état des lieux de la situation des droits humains dans le monde. De nombreux pays sont épinglés, dont la France à cause des atteintes aux libertés commises sous l'état d'urgence ou encore l'Algérie. Dans ce pays d'Afrique du Nord, l'ONG observe une restriction des libertés d'expression, d'association et de réunion. 

Manifestants et journalistes arrêtés 

"Des manifestants pacifiques, des militants et des journalistes ont été arrêtés, poursuivis et emprisonnés", assure le rapport qui cite plusieurs exemples: 

En janvier, les autorités ont réagi à des manifestations contre le chômage dans la ville de Laghouat, dans le sud du pays, en interpellant des militants et des manifestants pacifiques (...) Certaines des personnes arrêtées ont fait l’objet de poursuites pénales pour, entre autres, participation à des 'attroupements non armés'.
En octobre, un tribunal de Tamanrasset a condamné sept manifestants à une peine d’un an de prison; six d’entre eux se sont vu accorder le sursis en appel.

Outre les participants aux manifestations, des journalistes ont également été condamnés ou emprisonnés sans procès: 

Le journaliste Abdelhai Abdessamia a été remis en liberté sous caution en septembre après avoir passé plus de deux ans en détention provisoire. Il travaillait pour les journaux Djaridati et Mon Journal, fermés par les autorités en 2013 pour avoir évoqué la santé du président Bouteflika.
En février, un tribunal d’Oran a déclaré Mohamed Chergui coupable d’atteinte au prophète Mahomet à la suite d’une plainte de la direction du journal pour lequel il travaillait, El Djoumhouria, à propos d’un article qu’il avait rédigé en se fondant sur des recherches universitaires sur l’islam conduites à l’étranger.

Concernant la liberté d'association, Amnesty International déplore aussi que les demandes d'enregistrement de certaines associations n'aient pas été actées, ce qui place ces dernières, dont la section algérienne d'Amnesty, dans une situation de semi-illégalité.

Impunité des forces de l'ordre pour les crimes commis lors de la décennie noire

S'exprimant sur la politique de réconciliation nationale mise en oeuvre depuis 2006 pour tourner la page de la guerre civile des années 1990, Amnesty continue de réclamer "justice et vérité" sur les disparitions forcées, imputées aux forces de sécurité. "Les responsables d’actes de torture et d’autres atteintes graves aux droits humains perpétrés durant les années 1990 ont continué d'échapper à la justice", est-il écrit dans le rapport.

L'ONG dresse un état des lieux 10 ans après l’adoption de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, qui offrait le "pardon" aux islamistes encore dans le maquis en échange de leur reddition. Votée par référendum en 2005, cette charte a également accordé l’immunité de poursuites aux membres des forces de sécurité pour les crimes commis au cours du conflit armé interne des années 1990 et durant les années suivantes. "La Charte a en revanche rendu passibles de poursuites les personnes qui critiquent le comportement des forces de sécurité pendant le conflit", précise Amnesty qui poursuit : 

Cette année encore, les autorités se sont abstenues d'enquêter sur les milliers de disparitions forcées et autres atteintes graves aux droits humains, de traduire en justice les responsables présumés et de mettre des recours effectifs à la disposition des familles des disparus. Certains proches des victimes de disparition forcée qui continuaient de réclamer la vérité et la justice ont fait l’objet de surveillance et étaient régulièrement convoqués pour interrogatoire par les forces de sécurité.

La politique de réconciliation nationale a été réaffirmée dans le préambule de la nouvelle Constitution adoptée le 7 février. Hassina Oussedik Giraud, directrice de l'ONG en Algérie, a déclaré à ce sujet : "Amnesty International regrette la consécration de cette impunité ignorant les demandes des familles des victimes". 

Les autorités évaluent le nombre de disparus durant la guerre civile à environ 7 200.

Rédigé par Maïna Fauliot-Marjany (@MainaFauliot) avec AFP - Photo: Manifestation contre le gaz de schiste le 24 février 2015 à Alger (Farouk Batiche/AFP)