Crise des réfugiés – Publié le 19 mars à 00:40 – Mis à jour le 19 mars 2016 à 00:53

Accord UE-Turquie pour stopper l'afflux de migrants en Europe

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Accord UE-Turquie pour stopper l'afflux de migrants en Europe

La Turquie et l'Union européenne sont parvenus vendredi à un accord sur la gestion des flux de réfugiés et migrants souhaitant se rendre en Europe. La mise en oeuvre de cet accord, censé freiner l'afflux, risque d'être complexe.

Alors qu'une crise humanitaire guette en Grèce, où 46.000 migrants sont bloqués dans des conditions déplorables devant une "Route des Balkans" désormais fermée, la pression était maximale sur les Européens pour trouver enfin une solution.

Un accord a finalement été trouvé vendredi. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, qui a mené les négociations avec la Turquie au nom des 28 Etats membres, s'en est félicité tandis que le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a déclaré : "C'est un jour historique" avant d'ajouter: 

Nous avons réalisé aujourd'hui que la Turquie et l'UE avaient la même destinée

Renvoi immédiat de tous les migrants et demandeurs d'asile

La mesure phare de cet accord prévoit le renvoi vers la Turquie de tous les nouveaux migrants qui arriveront à partir de dimanche sur les îles grecques, y compris les demandeurs d'asile comme les Syriens fuyant la guerre. Cette mesure "temporaire et extraordinaire" est controversée. 

Certains Etats membres étaient réticents jusqu'au dernier moment, craignant l'illégalité du renvoi de demandeurs d'asile ou rechignant à faire trop de concessions à la Turquie accusée de dérive autoritaire. "Ce n'est pas un très bon accord, mais on est bien obligé. Personne n'en est fier, mais on n'a pas d'alternative", a ainsi résumé un diplomate européen.

Le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), qui avait mis en garde contre un "risque de possibles expulsions collectives et arbitraires", a estimé vendredi que la manière dont l'accord sera mis en oeuvre serait "cruciale". "Les réfugiés ont besoin de protection et pas de rejet", a ajouté l'organisation dans un communiqué.

La Commission européenne a assuré de son côté que le mécanisme respectait le droit international. Des procédures individuelles seront garanties à chaque demandeur d'asile qui arrivera sur les côtes grecques à partir de dimanche, avec un examen individualisé de sa requête et le droit de faire appel de la décision de renvoi.

"Un travail herculéen"

"C'est un travail herculéen qui nous attend, et spécialement la Grèce", a reconnu le président de l'exécutif européen Jean-Claude Juncker. Une logistique complexe va en effet devoir être mise en place sur les îles grecques en un temps record, avec notamment l'envoi de juges sur place.

Pour chaque Syrien renvoyé, les Européens se sont engagés à "réinstaller" dans l'UE un autre Syrien depuis la Turquie. Ce dispositif sera plafonné à 72.000 places offertes en Europe, dans le cadre d'engagements déjà pris par les pays européens.

Ces renvois "commenceront à partir du 4 avril", a assuré la chancelière allemande Angela Merkel, qui a joué un rôle clé dans la genèse de l'accord, quitte à froisser des partenaires européens agacés par ses initiatives.

Quelles contreparties pour la Turquie ?

Outre les questions légales, plusieurs Etats membres ont pesé pour limiter les contreparties offertes à un régime turc controversé, notamment pour ses atteintes à la liberté de la presse ou sur le conflit kurde.

Les Européens ont accepté d'accélérer le processus de libéralisation des visas pour les ressortissants turcs, mais en affirmant qu'ils ne transigeraient pas sur les critères à remplir.

Ils ont surmonté les fortes réserves de Chypre pour promettre à la Turquie d'ouvrir un nouveau chapitre (sur les finances et le budget) dans ses négociations d'adhésion à l'UE.

Sur le plan financier, l'UE s'engage à accélérer le versement de l'aide de 3 milliards d'euros déjà promise à la Turquie pour la prise en charge des 2,7 millions de réfugiés qu'elle accueille. Elle a ouvert la porte à une nouvelle enveloppe du même montant d'ici fin 2018.

Rédaction web d'iTELE avec AFP - Photo : le conseil européen, 18 mars