Justice – Publié le 03 mars à 10:06 – Mis à jour le 03 mars 2016 à 10:36

Meurtre d'Aurélie Fouquet : Redoine Faïd, un "braqueur repenti" sous la loupe des assises

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Meurtre d'Aurélie Fouquet : Redoine Faïd, un "braqueur repenti" sous la loupe des assises

Le braqueur récidiviste est jugé depuis le 2 mars devant la cour d'assises de Paris pour sa participation présumée à un braquage de fourgon avorté s'étant soldé par la mort de la policière municipale à Villiers-sur-Marne, en mai 2010.

Les enquêteurs l'ont surnommé ironiquement "l'écrivain". Mercredi, au deuxième jour d'audience dans le procès du meurtre de la policière municipale Aurélie Fouquet, à Villiers-sur-Marne en mai 2010, la cour d'assises de Paris s'est penchée sur la personnalité du braqueur multirécidiviste Redoine Faïd. Contrairement à trois de ses huit co-accusés, l'homme n'est pas poursuivi pour la mort de la jeune femme de 26 ans. A sa sortie de prison en 2009, celui qui s'affichait comme "braqueur repenti" comparaît notamment en sa qualité présumée de cerveau du casse de fourgon avorté qui s'est soldé par la mort de la policière municipale. Mercredi, Redoine Faïd a clamé son innocence avec force. Un véritable plaidoyer de "l"écrivain", entamé par la lecture par le président de la cour d'une lettre rédigée par l'accusée à l'intention des parties civiles.

"Je suis loin d'être à l'aise ou détendu"

"Jamais il ne me viendrait à l'idée d'avoir une attitude désappropriée à votre égard. Je n'émets aucun acte de défiance. Nous n'avons pas été élevés dans le mépris de l'autre". Ces mots, lus par le président Philippe Roux, sont ceux rédigés par Redoine Faid. Il s'adresse directement à Elisabeth Fouquet, la mère d'Aurélie Fouquet. Au premier jour du procès, cette dernière avait fait part de sa difficulté d'être confrontée à l'accusé. "C'est compliqué de se retrouver face à un Redoine Faïd absolument arrogant. Je ne m'attendais pas à ça, il était détendu avec presque du mépris dans le regard", témoignait-elle, face aux caméras, sur les marches de la cour d'assises. Réponse de Faïd : "je suis loin d'être à l'aise ou détendu", non sans rappeler son innocence et le fait qu'il ne soit pas renvoyé devant la cour d'assises pour ce meurtre. À l'issue de la lecture, la cour entame l'examen de la personnalité de l'accusé. Enfance, études, travail, amours, loisirs et casier judiciaire, tout est passé à la loupe des assises.

"Dans ma jeunesse, j'ai perdu beaucoup de gens"

Dans le box, Redoine Faïd, 43 ans, crâne rasé, vêtu d'une chemise bleu clair dans un pantalon beige, prend la parole avec aisance et éloquence. Les deux mains sont posées sur la taille, la droite s'aventure à la palabre, ponctue les phrases avec précision. "Je suis issue d'une famille de dix enfants dont je suis le dernier", explique-t-il, oubliant au passage son plus jeune frère. Il décrit des parents aimants, immigrés d'Algérie au début des années 70, à Creil, où il naît en 1972. Un grand frère "prof de maths" à la retraite, un autre qui dirige un bureau d'étude entre Alger et Paris. Sa scolarité est marquée par l'absentéisme, qu'il explique par le combat de sa mère contre le cancer. Elle sera finalement emportée par une "leucémie foudroyante". "Je n'ai pas envie de faire mon misérable, mais j'ai passé de nombreux après-midi dans les couloirs des hôpitaux parisiens", assure-t-il.

Puis, son souffle se coupe à l'évocation d'un copain d'enfance, Serge, décédé suite à une blessure de football mal soigné : "j'ai aimé ce type", confie Faïd. "C'est la première fois que j'enterrais quelqu'un. Dans ma jeunesse, j'ai perdu beaucoup de gens". Enfin, le président évoque son parcours sentimental. "J'ai eu des flirts. Mais pas beaucoup, M. le président : quatre ou cinq, pas plus". Et son premier amour, Séverine, de confession juive quand lui est musulman. Il la "suit partout", jusqu'à Tel Aviv. Avec un faux passeport.

Son parcours "délinquantiel"

La première détention arrive en 1999. Les condamnations suivent. En 2000, il écope de six ans de prison pour "vol avec violence", des faits commis en 1996. Un de ses co-accusés présents aujourd'hui dans le box, "voisin" à Creil et qui fut également son entraîneur de foot, écope dans cette même affaire de trois ans de prison. "C'est assez cocasse car il n'y a pas participé", note Redoine Faïd, en se retournant un instant vers l'homme en question. Deux ans plus tard, la cour d'assises de Seine-Saint-Denis, à Bobigny, le condamne cette fois à 15 ans. "C'est un braquage de fourgon qui a eu lieu en 1997 dans une zone industrielle de Villepinte", raconte-il. "A la fin, une patrouille de la Bac est arrivée et c'est comme ça que j'ai été blessé". Une balle dans l'épaule. Redoine Faïd gagne en assurance au fil de ses propos, n'hésitant pas à reprendre le président à la lecture de l'ordonnance de mise en accusation pour ces faits. "J'ai tourné le dos à ce passé. J'ai présenté mes regrets sur ces faits devant la cour d'assises. J'étais en bout de course dans ma période délinquantielle. J'attendais que cela s'arrête. Passé 2009, j'en avais fini avec ça".

Le braqueur repenti devient figure médiatique

Redoine Faïd sort de prison en 2009 à la faveur d'une mesure de libération conditionnelle. Il s'est trouvé un emploi d'attaché commercial dans une agence d'intérim spécialisé dans le BTP. Il se reconstruit auprès de sa nouvelle compagne et du fils de cette dernière. Son grand frère Abdeslam, journaliste, découvre le nouveau Redoine avec sidération. "Quand il est sorti, il était en train de fonder une famille. Il s'engageait rigoureusement dans son travail. Redoine avait décidé de changer radicalement de vie. J'étais stupéfait : c'était presque une résurrection", se souvient-il à la barre, dans une intervention teintée d'un amour fraternel et protecteur. L'ancien braqueur veut couper avec son passé : il s'installe loin de Creil. "La vigilance est de chaque instant. Quand, j'étais en détention, j'ai beaucoup pensé à ça. J'avais un socle et ce socle c'était ma femme et mon fils", assure l'accusé.

En parallèle à cette nouvelle vie rangée, les propositions affluent : livre, cinéma, télévision. Redoine Faïd se lie d'amitié avec le journaliste Jérôme Pierrat. Avec lui, il écrit un livre témoignage en forme de testament criminel : "Braqueur. Des cités au grand banditisme". L'ouvrage sort en octobre 2010, quelques mois après la mort d'Aurélie Fouquet et le braquage de fourgon avorté. Des faits pour lesquels, clame-t-il encore avec force, il est "innocent de A à Z" : "je ne suis pas Robin des bois, je ne suis pas Blanche-Neige, mais j'ai jamais touché quelqu'un. Même pas une claque", assure-t-il. Enfin son avocat, Me Christian Saint-Palais, lui pose une dernière question sur son état d'esprit à cette époque : "vous avez été condamné pour des faits que vous avez commis lorsque vous étiez âgé de 23-24 ans. Est-ce que ce garçon peut, quand il arrive à la quarantaine, décider de changer de vie ?". Réponse de Faïd : "je suis catégorique : cette vie-là, le grand banditisme, est une vie de merde. Elle n'apporte rien. En 2009, j'avais totalement tourné la page".

Pas d'ADN mais une vidéo compromettante

Redoine Faïd échappe à une première interpellation dans le dossier de Villiers-sur-Marne, en janvier 2011. Il est finalement arrêté quelques mois plus tard, dans le cadre d'une autre affaire de braquage de fourgon, dans le nord de la France. L'enquête n'a pas pu établir que Redoine Faïd est impliqué dans la mort d'Aurélie Fouquet : son ADN n'a été retrouvé sur aucun des scellés, contrairement à ses huit co-accusés. De plus, aucun de ses compagnons de box ne l'identifie ou ne le met en cause. L'enquête évoque le règne de la "loi du silence". En revanche, les enquêteurs ont pu mettre au jour le plan initial des malfaiteurs dans leur attaque de fourgon. Un plan qui porte la signature présumée de Faïd : chirurgical, chorégraphié, façon Heat de Michel Mann, son réalisateur fétiche.

Justement, l'homme est lié avec plusieurs des mis en cause, qui gravitent autour de Creil. Enfin, le braqueur repenti a été filmé la veille des faits, le 19 mai 2010, à la caisse d'une station-service de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis. Arrivé au volant d'une Mégane, il semblait guider un convoi composé de trois véhicules utilitaires. Trois fourgons volés, dont un premier est pourvu depuis la veille au soir d'un mouchard GPS de la brigade de répression du banditisme (BRB). Le deuxième est pris en chasse le lendemain, à Créteil, par un équipage de police. Il est finalement retrouvé en flammes à Villiers-sur-Marne, incendié par ses occupants : les meurtriers d'Aurélie Fouquet. Redoine Faïd encourt la perpétuité. Le verdict est attendu pour le 15 avril.

Marc-Antoine Bindler (@MarcoBindler) - Dessin : Benoît Peyrucq (AFP)