Islamophobie – Publié le 10 janvier à 21:32 – Mis à jour le 19 janvier 2015 à 16:49

Vague d'islamophobie en France : au moins 116 actes antimusulmans recensés

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Vague d'islamophobie en France : au moins 116 actes antimusulmans recensés

La France connait depuis l'attentat contre Charlie Hebdo une vague d'actes islamophobes qui visent la population ou les lieux de culte musulmans. Ces évènements font suite à l'attentat contre les locaux de Charlie Hebdo.

Cent seize actes antimusulmans ont été recensés en France depuis les attentats parisiens perpétrés du 7 au 9 janvier, soit 110% de plus que ceux comptabilisés pour l'ensemble du mois de janvier 2014, a annoncé lundi l'Observatoire national contre l'islamophobie.

Ces actes comprennent 28 actions contre des lieux de culte et 88 menaces, selon cette instance membre du Conseil français du culte musulman (CFCM). "Cette situation est inadmissible et nous demandons aux pouvoirs publics, au-delà des discours rassurants, de passer aux actes afin de mettre fin à ce fléau", écrit le président de l'observatoire, Abdallah Zekri, dans un communiqué. 

Selon les derniers chiffres obtenus par iTELE, 23 actions anti-musulmans et 60 menaces (lettres, insultes...) avaient été recensées entre le 7 et le 15 janvier, soit un total de 83 actes islamophobes. 

Le précédent décompte, communiqué par le Conseil français du culte musulman, faisait état d'au moins une cinquantaine d'actes islamophobes perpétrés entre mercredi soir et lundi à l'encontre de la population musulmane et de la communauté maghrébine de France. 

Selon le président du CFCM, qui cite des chiffres du ministère de l'Intérieur, 21 actions (tirs, grenades lancées...) et 33 menaces (lettres, insultes) ont été comptabilisées en six jours. Ce décompte ne concerne pas Paris et sa petite couronne, et ne comprend pas le début d'incendie survenu dimanche soir sur le site de la mosquée en construction de Poitiers (lire plus bas).

Ici nous avons répertorié 25 incidents répertoriés par la presse locale et l'AFP. 

Principales villes françaises visées par des attaques, tags racistes, agression physique, tirs, explosion ou incendie contre des mosquées ou des commerces appartenant à des musulmans. (Crédits : iTELE). Cette carte date du samedi 10 janvier. 

Premières attaques mercredi soir

Deux coups de feu ont été tirés sur une salle de prière à Port-la-Nouvelle, dans l’Aude, ne faisant aucune victime. 

Une mosquée du quartier des Sablons au Mans a été victime de tirs de grenades d’exercice aux alentours de minuit. Un impact de balle a également été relevé par la police sur une fenêtre du premier étage. 

Impact de balle sur une fenêtre de la mosquée du quartier des Sablons, au Mans. Crédits : iTELE

A Poitiers, le portail de la mosquée a été tagué dans la soirée, on pouvait y lire : "Mort aux Arabes". L’auteur présumé du tag a été interpellé jeudi matin et s’est excusé, évoquant "un acte imbécile". 

Des coups de feu ont également été tirés contre une voiture dont les propriétaires sont musulmans. Le véhicule était stationné dans un lotissement de Caromb (Vaucluse) au moment des tirs, il n’y a donc pas de blessés. Néanmoins, le Parquet de Carpentras a démenti qu’il s’agissait d’un acte islamophobe

Les violences se poursuivent jeudi

Le lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo, les violences à l'égard des musulmans de France ont continué.

Jeudi matin, un lycéen de 17 ans, d’origine maghrébine, a été agressé en marge d’une minute de silence observée en hommage aux victimes de Charlie Hebdo au lycée de l’Oiselet à Bourgoin-Jallieu (Isère). Il a tout d’abord été victime de propos racistes, puis a été roué de coups de pied et de poing par plusieurs individus. Une enquête a été ouverte, suite à une plainte du jeune lycéen. 

Tôt dans la matinée, une inscription insultante a été découverte dans une rue de Mâcon (Saône-et-Loire) : "Islam on vous vous niquer - Charlie". Les services municipaux ont effacé le tag à 9 heures du matin. 

A Villefranche-sur-Saône, un snack kebab attenant à une mosquée, a été visé par une explosion d’origine criminelle aux alentours de 6 heures du matin. Ce restaurant, dont la devanture a été soufflée par l’explosion, est "géré de manière indépendante par des personnes proches de la mosquée où se regroupent des personnes qui fréquentent le lieu de culte mais aussi d'autres personnes", a précisé le député-maire UMP de la Villefranche-sur-Saône, Bernard Perrut. 

Une mosquée à Aix-les-Bains a également été incendiée jeudi vers 22 heures. Après avoir retenu la piste de l’incendie criminelle, les autorités privilégient finalement la "thèse criminelle". 

Ce jour-même, la future mosquée de Bischwiller est visée. Des ouvriers qui travaillent sur le chantier ont découvert l’inscription "ICH BIN CHARLIE" sur l’un des murs extérieurs du bâtiment.

Dans la ville de Péronne, dans la Somme, une croix gammée a été découverte peinte sur un monument aux morts consacré aux combattants d'Afrique du Nord. 

La salle des femmes de la mosquée d'Aix-les-Bains, après l'incendie. Crédits : LeDL/Muriel Bernard 

Les actes islamophobes continuent vendredi

Un immeuble à Argenteuil (Val-d'Oise), a vécu une nuit agitée. Un début d'incendie s'est déclaré dans l'appartement d'une femme musulmane. "Il n'y a pas de doute sur le caractère criminel", confirme une source proche du dossier au Parisien. Sur la boîte aux lettres de ce logement a été inscrit le message "Vive Charlie". Un lien entre l'inscription et l'incendie n'a pas encore été établi. 

Des tags islamophobes sont découverts à Châlon-sur-Saône au centre culturel musulman. Une croix gammée et des insultes racistes ont vraisemblablement été apposées dans la nuit, ainsi que la mention Charlie. Des agents municipaux ont effacé les inscriptions.

A Bayonne, les fidèles musulmans ont découvert vendredi matin des tags haineux aux alentours de la mosquée de la ville. Sur le portail, l’expression "charliberté" a été écrite en jaune, tandis qu'on pouvait lire sur une poubelle et un mur voisin : "assassins" et "sales arabes". 

A Soissons en Picardie, cinq coups de feu ont été tirés sur la mosquée Badr le 9 janvier peu avant minuit.

La mosquée de Vendôme, dans le Loir-et-Cher, a été la cible de deux coups de feu. Deux impacts ont été retrouvés sur les portes du lieu de prière.

Une enveloppe suspecte a brièvement perturbé les prières à Nantes alors qu'une enveloppe suspecte a été découverte dans la mosquée de la ville. Cette substance n'était pas dangereuse.

La mosquée de Bayonne dont le portail est tagué. Crédits : Jean-Daniel Chopin

A Liévin (Nord), c’est le chantier de la future mosquée qui a été touché. Des croix gammées, des slogans nazis et l’inscription "Charlie est vivant" ont été tagués sur les murs en construction. Comme le souligne La Voix du Nord

La nature des tags laisse pantois : le fait d’associer le nom de Charlie Hebdo, chantre de l’antiracisme et de l’antifascisme, à des symboles nazis, montre le niveau de bêtise du ou des responsables.

En Bretagne aussi, un chantier a été visé : celui d’un centre culturel islamique à Rennes. Des inscriptions racistes, en français et en breton, disaient "dehors". Même son de cloche à Béthune où les palissades de la mosquée étaient taguées par : "Dehors les arabes". 

A Vendôme (Loir-et-Cher), des impacts de balles ont été constatés vendredi matin sur la vitrine d'un commerce appartenant à des musulmans et sur la porte de la mosquée de l’Association Cultuelle Musulmane Vendemoise. 

Des coups de feu ont également été tirés sur la façade de la mosquée de Saint-Juéry, des impacts de balles ont été constatés vendredi matin par les enquêteurs. 

Croix gammées sur la mosquée de Louviers (Eure). DR

La Corse particulièrement touchée

Dans la nuit de jeudi à vendredi, Une tête de sanglier et des viscères ont été accrochés à la porte d'une salle de prière musulmane de Corte (Haute-Corse). 

Une balle de calibre 22 long rifle a également été retrouvée devant une boucherie musulmane de Ghisonaccia (Haute-Corse) qui compte quelque 5.000 habitants. Dans la même ville, une carcasse de sanglier a été découverte samedi devant une salle de prière musulmane. La gendarmerie a également indiqué qu'un graffiti "anti-arabe" a été tracé sur une mosquée à Ajaccio. 

Par ailleurs, l'inscription "Arabi fora" (les Arabes dehors) a été peinte sur un bâtiment du quartier de Baleone, dans les faubourgs d'Ajaccio, abritant le conseil du culte musulman en Corse, qui gère les dix-huit lieux de culte sur l'île. Une croix gammée verte a aussi été tracée sur le portail de la salle de prière.

Inscription qui signifie "les Arabes dehors", Ajaccio. DR

Le samedi les attaques se poursuivent

Samedi matin, des croix gammées étaient visibles sur la façade de la mosquée de Louviers (Eure). "Elles ont sans doute été peintes entre 2h et 7h du matin", a précisé une source judiciaire à Normandie-actu.

Lundi, une mosquée de nouveau visée

C'est la dernière attaque en date. Un bref début d'incendie est survenu dimanche soir sur le site de la mosquée en construction de Poitiers. Un dispositif policier permanent a été mis en place par la préfecture pour assurer sa sécurité. D'après les premières constatations, l'acte serait d'origine criminelle.

Article rédigé par la rédaction web iTELE