France – Publié le 27 décembre à 00:04 – Mis à jour le 28 décembre 2015 à 01:41

​Un Français, membre de l’ONG BarakaCity, incarcéré au Bangladesh

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​Un Français, membre de l’ONG BarakaCity, incarcéré au Bangladesh

Moussa Tchantchuing, un jeune Français membre de l’ONG BarakaCity, a été arrêté puis incarcéré au Bangladesh mardi 22 décembre dans le cadre de son activité de bénévole. Depuis, l’organisation islamique a lancé une grande campagne sur les réseaux sociaux pour interpeller les autorités et faire libérer leur membre.

Mardi 22 décembre à midi, BarakaCity partageait avec ses plus de 600.000 fans Facebook et ses 45.000 followers (sur Twitter), une information qui venait de lui être confirmée par le consul de France au Bangladesh : l’un de ses membres, Moussa, venait d’être incarcéré à Cox’s Bazar, une ville côtière du sud-est du pays, alors qu’il était en contact avec les population Rohingya.

Incarcéré pour "activité suspecte" dans des conditions déplorables

Dans un enregistrement audio diffusé par l’ONG, Moussa Tchantchuing évoque deux raisons pour lesquelles il a été arrêté. Tout d’abord, les membres de BarakaCity n’auraient pas officiellement déclaré leur opération humanitaire auprès des autorités bangladeshies. Ensuite, l’identité de "Moussa Ibn Yacoub » - nom musulman du jeune homme adopté lors de sa conversion - ne correspond pas au nom indiqué sur son passeport : Tchangtchuing :

Les faits qui me sont reprochés : j’ai visité des écoles à Cox Bazar. Ils me reprochent d’avoir apporté des aides : moi j’ai dit que j’étais juste venu faire une visite. La deuxième chose c’est mon prénom : mon prénom musulman c’est Moussa Ibn Yacoub et sur les lettres il y avait écrit ça. Le problème c’est que sur mon passeport il y a écrit *Tchangtchuing*. Pour eux c’est une falsification.

Moussa Tchangtchuing se montre également inquiet dans l’enregistrement daté du lendemain de son arrestation lorsqu’il évoque des suspicions de terrorisme, évoquées par les enquêteurs :

Il y a des suspicions comme quoi je pourrais faire des attaques terroristes sur le territoire.

Capture d'écran d'une vidéo de BarakaCity dans laquelle figure l'enregistrement audio  

C’est finalement pour « activités suspectes » que le jeune homme a été placé en détention provisoire dans un centre de détention à Cox's Bar. Une information confirmée par le Quai d’Orsay à l’AFP :

Notre ambassade lui apporte la protection consulaire habituelle. Il est actuellement en attente d'être présenté devant la justice

Me Samim Bolaky, l'avocat de Barakacity qui s'occupe du cas de Moussa Tchangtchuing affirme que selon l’article 54 du code pénal bangladais, le délit « d’activité suspecte » est passible de dix ans de prison. 

Ses conditions de détention seraient très difficiles et le jeune homme ne pourrait pas dormir allongé, comme nous l'a rapporté un membre de l'association :

 Il est détenu dans une cellule avec 50 codétenus, et ne peut dormir allongé, il se tient assis ou parfois debout pour dormir. Il est mal alimenté, et préfère ne pas manger. Selon les journalistes locaux, cette prison est censée accueillir 500 détenus au maximum, mais dans les faits 1900 personnes y sont détenues. Les gardiens eux-mêmes ne supportent plus la situation.

Communication 2.0 à très fort engagement

L’association, qui entend mettre «l’Islam au service de l’humanitaire » et qui a pour vocation d'aider les populations les plus démunies dans le monde, a une communication très bien rodée qui s’appuie essentiellement sur les réseaux sociaux et sur la mobilisation de ses sympathisants. Ces derniers, très nombreux - on le disait, plus de 600.000 fans Facebook - sont hyper-réactifs et engagés lorsqu’il s’agit notamment de relayer des appels aux dons. Sur son site, l’ONG se targue d’avoir pu lever 1.000.000 d’euros en sept jours pour l’opération « L’eau c’est la vie ». 

Cette communication s’appuie également sur une volonté de transparence à tous les niveaux. BarakaCity communique régulièrement sur la répartition des dons qu’elle reçoit. Elle rend également publics ses comptes.

Lorsqu’elle a appris que Moussa venait d’être arrêté, l’ONG islamique n’a pas tout de suite lancé de campagne de mobilisation, même si elle a communiqué très rapidement et publié régulièrement des nouvelles de Moussa et messages de soutiens sur sa page Facebook.

C’est après avoir été en contact avec les autorités et après avoir eu la confirmation de la mise en détention de son membre que Barakacity s’est mis en branle pour organiser une vaste campagne de mobilisation :

Vous êtes forts, influents, puissants et vous êtes 605 000 à suivre nos actions et nos combats (…) nous pensons qu'il est temps de changer de "canal" de communication et d'utiliser un moyen plus rapide et plus direct : le Web.

Une opération de communication qui s’appuie sur les techniques habituelles de l’organisation : tirer profit de la puissance des réseaux sociaux et interpeller les autorités en diffusant massivement les adresses, emails et numéros de téléphone des instances visées afin que les internautes les interpellent sur le sort de Moussa Tchantchuing. Ici, assaillir le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, en mettant à disposition un tweet pré-écrit.

De même avec l'ambassadeur du Bangladesh en France, l’association diffuse ses mails et numéros de téléphone en fournissant des emails pré-écrit en français et en anglais afin d’exiger la libération du jeune homme.

Surtout, BarakaCity a diffusé vendredi soir une « pétition officielle », alors qu’une pétition qui circulait déjà depuis plusieurs jours avait atteint plus de 19.000 signatures. En deux heures, la pétition lancée avait déjà récolté plus de 7.000 signatures. Aujourd’hui, deux jours plus tard, elle a dépassé les 126.000 signataires. 

Cette campagne de communication et de mobilisation 2.0 s'accompagne évidemment d'un hashtag court et efficace : #FreeMoussa, partagé depuis son lancement des milliers de fois sur Twitter, et présent dans tous les tweets et publications Facebook de l'organisation, ainsi que sur la plupart des visuels qu'elle diffuse. Vendredi soir, le hashtag faisait partie des sujets les plus partagés en France :

Moussa Tchangtchuing a également reçu le soutien de personnalités du football, du milieu culturel ou de la télé-réalité :

Mais aussi de personnalités de la communauté musulmane comme Marwan Muhammad, le blogueur Al-Kanz, Tariq Ramadan.

Dimanche matin, c'est notre éditorialiste Claude Askolovitch qui lui consacrait son édito

Les réseaux sociaux se mobilisent et les médias s'y mettent avec un léger temps de décalage. Pourquoi ? Sans doute parce que Moussa appartient à une frange de l'humanitaire que l'on ne connaît pas : l'humanitaire musulman, islamique.

Pour accentuer cette mobilisation et marquer les esprits, BarakaCity encourage également ses sympathisants à changer d'image de profil Facebook pour témoigner de leur soutien.

Comme à chaque fois qu’ils organisent une mobilisation, les membres de BarakaCity sont soucieux de transparence et de respect de la loi. L’organisation, qui a fait l’objet d’une perquisition le mois dernier dans le cadre de l’état d’urgence, se sait surveillée et s’applique à rester irréprochable dans cette campagne. Elle a ainsi pris le soin d’insister pour qu’aucune manifestation ne soit organisée en soutien à Moussa T., le cadre de l’état d’urgence interdisant ce type de mobilisation.

La cause oubliée des Rohingya

Moussa se trouvait au Bangladesh pour rencontrer des Rohingya, une minoritée musulmane persécutée en Birmanie. Selon un rapport récent publié par l’université Yale, il existe même de « solides preuves » pour affirmer que ce peuple est victime d’un génocide dans le pays. 

Plusieurs centaines de milliers de Rohingya ont fuit ce pays et se trouvent aujourd’hui au Bangladesh dans des camps de réfugiés. C’est d’ailleurs l'un de ces camps que l’humanitaire allait visiter lorsqu’il s’est fait arrêté :

En fait quand ils m’ont arrêté j’allais dans la ville où il y a les camps : à un checkpoint on m’a arrêté et depuis 8h30 hier ils m’ont gardé

Si en Birmanie les Rohingya sont considérés comme apatrides, ils n’ont pas non plus d’existence légale au Bangladesh. C’est ce qu’explique l’organisation pour expliquer pourquoi elle n’avait pas déclaré auprès des autorités sa présence sur le territoire pour venir en aide aux Rohingya :

Les autorités Bangladaises lui reprochent d'être venu en aide aux Rohingyas et ce, de manière non officielle. Nous rappelons qu'au vu de la politique d'immigration du Bangladesh, les Rohingyas sont considérés comme illégaux, ce qui explique l'impossibilité de "légaliser" notre présence aux côtés des Rohingyas. 

Ce n’était pas la première fois que Moussa Tchantchuing partait pour venir en aide aux Rohingya, comme il l’expliquait sur le site de l’ONG, lors de son premier voyage au Bangladesh, en avril dernier :

Dans le cadre de mon travail, j’ai été amené à voyager à quatre reprises en Birmanie et une seule fois au Bangladesh afin de venir en aide aux populations réfugiées Rohingyas.

La mobilisation organisée par BarakaCity pour faire libérer son bénévole est également l'occasion de communiquer sur le sort des Rohingya en Birmanie et au Bangladesh. 

Le soutien des autorités françaises

"Bonnes nouvelles Insh a Allah". C'est ainsi que l'ONG titrait l'une de ses nombreuses publications Facebook pour annoncer dimanche après-midi à sa communauté que les échanges avec l'ambassade de France au Bangladesh avaient porté leurs fruits :

Les retours sont donc tous très positifs concernant Moussa.
Madame l’Ambassadrice suit le dossier de très près.

Contactée par iTELE, BarakaCity nous a confirmé qu'elle était en contact régulier avec le Quai d'Orsay et l'ambassade de France au Bangladesh et que ce dernier allait agir pour aider le jeune Français emprisonné :

Oui, nous avons le soutien du Quai d’Orsay qui se charge de faire le nécessaire auprès des ambassades, mais aussi de l’ambassadrice, ainsi que du consul, et des différents acteurs de l’ambassade de France au Bangladesh, avec lesquels nous sommes en contact tous les jours. Il est prévu qu’ils aillent à la rencontre de Moussa dans les prochaines heures.

Elodie Safaris (@avriogata)