Terrorisme – Publié le 16 mars à 22:11 – Mis à jour le 17 mars 2016 à 06:54

​Projet d’attentat à Paris : l’inquiétant profil de Youssef, interpellé mercredi

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Quatre individus suspectés de projeter des actions violentes dans la capitale ont été interpellés mercredi par la DGSI en région parisienne. Le principal suspect est loin d'être un inconnu.

Il se nomme Youssef et c’est une vieille connaissance de la justice comme des services de renseignements. Quatre individus suspectés de projeter un attentat à Paris ont été interpellés mercredi matin en région parisienne, par les enquêteurs de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). L’un de ces suspects se trouvait assigné à résidence dans le cadre de l’état d’urgence prononcé après les attentats du 13 novembre. Suspecté de pouvoir "se livrer à des actions violentes en France", selon les mots du ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, c’est sur ce dernier que l’enquête semble désormais se concentrer. Voici ce que l’on sait de ce suspect.

Un des premiers aspirants djihadistes condamnés 

Youssef E. est une sorte de "vétéran" chez les aspirants djihadistes hexagonaux. En 2014, il comparaît devant le tribunal correctionnel de Paris avec deux autres individus dans ce qui est à l’époque le premier procès d’un groupe de jeunes français ayant tenté de rejoindre le djihad syrien. Il est condamné à cinq ans de prison dont un avec sursis pour "association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme". Il avait été libéré en octobre dernier.

Un "émir" passé par la Mauritanie, le Mali et la Syrie 

Le 14 mai 2012, Youssef est arrêté à l’aéroport d’Andrézieux-Bouthéon, près de Saint-Etienne, dans la Loire. Avec deux compagnons de voyage, il s’apprête à embarquer dans un avion pour Gaziantep. Cette ville du sud-est de la Turquie, située à une heure de route de la frontière syrienne, fait figure de dernière étape avant le pays de Bachar Al-Assad pour nombre de candidats au djihad.

Le rêve de l’hijra, l’émigration en terre d’islam, est une vieille obsession pour Youssef. Celui qui a prénommé sa fille "Jihad" est même un "grand voyageur" : à 24 ans, il est déjà passé par la Mauritanie, le Mali et même la Syrie. C’est peut-être pour cette raison que le jeune homme est considéré comme "l’émir" du trio qui, deux ans plus tard, se retrouve sur le banc des accusés au tribunal de grande instance (TGI) de Paris. C'est peut-être aussi pour cela qu’il écope de la condamnation la plus lourde. 

Caméra, holsters et gilets tactiques dans les bagages  

Devant les enquêteurs et au procès, Youssef assure à l’époque que ce voyage n’avait aucune portée djihadiste. Le but ? Faire de l’humanitaire, en filmant les camps de réfugiés. Un caméscope a d’ailleurs bien été retrouvé dans les bagages du trio… Avec plusieurs holsters, des gilets tactiques et jumelles de vision nocturne, achetés quelques jours avant le départ. D’autres éléments viennent mettre à mal cette version. Car la petite "ONG" était surveillée depuis bien longtemps par les hommes de la DCRI (devenue DGSI en mai 2014, NDLR).

L’ombre d’Omar Omsen, cyber-recruteur mort en Syrie 

Les trois hommes, qui ne se connaissaient ni d’Eve, ni d’Adam, se rencontrent à Nice en décembre 2011. Cette réunion a été organisée, via Facebook, par un certain Omar Diaby. Ce Niçois est à l’époque considéré comme proche du groupuscule islamiste radicale Forsane Alizza, dissout par Claude Guéant en février 2012. Il est aussi réputé pour ses vidéos faisant l’apologie du djihad sur Internet. Gravement blessé par balle, Omar Diaby, devenu Omar Omsen, est mort près d’Alep en août 2015. Il avait rejoint la Syrie deux plus tôt, où il était devenu l’un des principaux "cyber-recruteurs" de candidats français au djihad. 

Quant à Youssef, qui avait refusé d’être extrait de sa cellule pour entendre le jugement lors de son procès, il se trouve depuis mercredi matin confronté aux enquêteurs de la DGSI, à Levallois-Perret. Sa garde à vue peut s’étendre jusqu’à 96 heures. 

Marc-Antoine Bindler (@marcobindler) Croquis d'audience : Youssef lors de son procès en 2014 - BENOIT PEYRUCQ / AFP